Elon Musk, Jeff Bezos, Richard Branson… La guerre des étoiles aura bien lieu chez les milliardaires

CONQUETE SPATIALE Les trois milliardaires se sont lancés dans une course pour la conquête des vols commerciaux, une bataille qui n’est pas sans arrière-pensées

Manon Aublanc
— 
Elon Musk, le fondateur de SpaceX le 1er décembre 2020
Elon Musk, le fondateur de SpaceX le 1er décembre 2020 — HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP
  • Jeff Bezos, Elon Musk ou encore Richard Branson… Depuis plusieurs années, ces trois milliardaires se livrent une bataille sans merci pour devenir le prochain empereur de l’espace.
  • Dès le 11 juillet, Richard Branson s’envolera à bord d’un vaisseau de sa compagnie Virgin Galactic, espérant devancer Jeff Bezos, dont le voyage est prévu le 20 juillet. Le patron d’Amazon a d’ailleurs annoncé, lundi, qu’il quittait les commandes opérationnelles de l’entreprise de commerce en ligne pour se consacrer à son voyage dans l’espace.
  • Tourisme, guerre d’ego ou secteur attractif… Pourquoi les géants de la tech se lancent-ils dans la conquête spatiale ?

Qui sera le premier à s’envoyer en l’air ? Ils s’appellent Jeff Bezos, Elon Musk ou Richard Branson. Ils sont entrepreneurs, milliardaires et ont un point commun : leur désir de conquête spatiale.

Depuis plusieurs années, le secteur de l’aéronautique a dû faire de la place pour Space X, BlueOrigin et Virgin Galactic. Si leurs projets sont différents, la compétition fait rage entre les trois entrepreneurs. Pour remporter la course, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, a même décidé, ce lundi, de laisser les commandes opérationnelles de son entreprise de commerce en ligne. Mais pourquoi les trois hommes s’intéressent-ils autant à la conquête spatiale ?

A la conquête de l’espace… ou du tourisme ?

Les trois milliardaires se sont lancés dans la course à la conquête spatiale depuis une vingtaine d’années : Jeff Bezos en 2000 avec Blue Origin, Elon Musk en 2002 avec Space X et Richard Branson en 2004 avec Virgin Galactic. Mais ces derniers temps, la course s’est accélérée.

Space X, qui assure le ravitaillement régulier de la Station spatiale internationale (ISS) depuis 2012, s’occupe depuis 2020 du transfert des astronautes de la Nasa à bord de l’ISS. Mais les deux rivaux d’Elon Musk n’ont pas dit leur dernier mot. Le 11 juillet prochain, le Britannique Richard Branson s’envolera, avec trois autres personnes, à bord du vaisseau VSS Unity pour un voyage d’une dizaine de minutes. Une semaine plus tard, le 20 juillet, ce sera au tour de Jeff Bezos de faire partie, avec son frère et un passager anonyme, du premier vol habité de la fusée New Shepard, développée par sa société Blue Origin. L’homme de 57 ans annoncé, ce lundi, que son lieutenant Andy Jassy reprendrait les commandes opérationnelles d’Amazon.

De son côté, Space X compte également envoyer plusieurs touristes, d’ici fin 2021, vers l’ISS à bord de la capsule Crew Dragon pour un voyage de plusieurs jours. « Il faut bien distinguer les vols de Jeff Bezos et de Richard Branson de ceux d’Elon Musk. Les vols opérés par Blue Origin et Virgin Galactic sont des vols suborbitaux courts, à la frontière de l’espace, à seulement 80 ou 100 kilomètres de la Terre. Ce sont des vols qui dureront une dizaine de minutes avec deux ou trois minutes d’apesanteur », détaille Philippe Droneau, directeur chargé de mission à la Cité de l’espace (Toulouse). « A l’inverse, le projet de Space X, c’est un vol touristique en orbite, sur l’ISS, pendant plusieurs jours. Il y a une énorme différence », ajoute-t-il.

Une législation favorable aux milliardaires

Et si les trois entrepreneurs se lancent dans la course à la conquête spatiale, c’est avant tout parce que ça peut rapporter gros. Virgin Galactic a d’ores et déjà vendu près de 600 billets pour les prochains vols – pour un prix compris entre 200.000 à 250.000 dollars (165.000 et 205.000 euros) – et des milliers de personnes sont encore sur liste d’attente. Du côté de Blue Origin, le troisième billet mis aux enchères pour voyager aux côtés de Jeff Bezos et de son frère Mark, le 20 juillet prochain, a été acheté 28 millions de dollars par un anonyme.

« A terme, la conquête spatiale va rapporter, c’est sûr, mais on ne sait pas encore quand », analyse Victor Dos Santos Paulino, professeur associé à la Toulouse Business School et directeur de Chaire Sirius, dédiée à la recherche sur la gestion des droits et des affaires pour les activités du secteur spatial. « Et même si les projets n’arrivent pas à terme, ces milliardaires sont assez malins pour attirer l’attention, et donc les investisseurs, et ça, ça rapporte de l’argent. Ils sont dans une position économique qui fait que, dans tous les cas, ils sont gagnants. »

Et si les milliardaires peuvent désormais investir dans ce secteur, c’est grâce à une loi votée sous Barack Obama, en 2015, qui autorise les citoyens américains à entreprendre l’exploration et l’exploitation commerciales des « ressources spatiales ». Le développement de projets spatiaux se fait donc conjointement à de juteux contrats publics, proposés principalement par la Nasa et l’armée américaine, qui sous-traitent de manière croissante au privé.

« Avec cette nouvelle réglementation, la Nasa a modifié la manière dont elle passait des contrats avec des entreprises privées. C’est ça qui a permis à Elon Musk de proposer son lanceur réutilisable, ça a été une véritable révolution », explique Victor Dos Santos Paulino, ajoutant que les entreprises privées deviennent désormais des sous-traitants d’éléments de plus en plus complexes. A l’inverse, l’Europe « n’est pas aussi avancée dans cette volonté de donner plus d’autonomie aux entreprises privées dans le secteur spatial », souligne l’enseignant.

Dernière frontière restante

Mais la motivation n’est pas seulement économique. Comment ne pas parler de ces trois personnages sans parler d’ego ? « Ce sont des génies, extrêmement riches, parfois plus que certains Etats. Il y a une question d’ego, d’exceptionnalité, presque de transhumanisme », affirme Philippe Droneau, qui reconnaît que les trois milliardaires sont également des passionnés d’aéronautique.

« On peut comparer ça au XIXe siècle, où les milliardaires se lançaient des défis pour découvrir des zones jamais visitées. Si on est dans une logique d’exploration, la dernière frontière qui reste, le dernier endroit à explorer, c’est l’espace. Il y a une sorte de défi, de challenge », ajoute Victor Dos Santos Paulino. Et pour être le premier et flatter son ego, tous les coups semblent permis. C’est ce qui a conduit Richard Branson à annoncer, la semaine dernière, qu’il prévoyait de s’envoler dès le 11 juillet – et non plus en 2022 – à bord d’un vaisseau de Virgin Galactic, espérant coiffer au poteau Jeff Bezos, dont le voyage en apesanteur est prévu quelques jours plus tard.

La survie de l’humanité ?

Et si on était mauvaise langue, et que ces milliardaires tentaient en réalité, d’assurer la survie de notre espèce ? Pour Victor Dos Santos Paulino, si certains d’entre eux se sont lancés dans la course spatiale, c’est pour des considérations éthiques. « Elon Musk, par exemple, estime que le futur de l’humanité à un horizon lointain, ce sera de quitter la terre ».

D’ici 2025, le patron de Space X veut envoyer des milliers de fusées vers Mars pour créer une colonie humaine autonome, seule « bouée de sauvetage de l’humanité ». « Notre système solaire peut accueillir 1.000 milliards d’êtres humains. Imaginez combien cette civilisation serait incroyable et dynamique avec ses milliers de Mozart et d’Einstein », avait déclaré, de son côté, Jeff Bezos, espérant, lui aussi, être le premier à coloniser l’espace.