Les dinosaures n'étaient déjà pas très en forme lorsqu'une météorite a frappé la Terre

ROARRR Une étude montre que la chute d’une météorite, il y a 65 millions d’années, n’a fait que porter le coup de grâce à des espèces en péril

Nicolas Bonzom
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Un modèle de Tyrannosaure (illustration)
Un modèle de Tyrannosaure (illustration) — MARY EVANS/SIPA
  • Lorsqu’une météorite géante a frappé la Terre, il y a 65 millions d’années, anéantissant le règne des dinosaures, ils étaient déjà sur le déclin, selon une étude.
  • Les dinosaures auraient été touchés de plein fouet par une chute des températures.
  • Les premières disparitions ont concerné les herbivores, entraînant un déséquilibre de tout l’écosystème. Notamment les carnivores, qui les dévorent.

Lorsqu’une météorite a frappé la Terre, il y a 65 millions d’années, anéantissant le règne des dinosaures, ces gros reptiles étaient déjà bien mal en point. Depuis 10 millions d’années, ils étaient même déjà sur le déclin. C’est la conclusion d'une étude, publiée mardi dans la revue Nature Communications, menée par Fabien Condamine, chercheur du CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (Hérault).

Des résultats particulièrement précieux, pour ceux qui s’intéressent aux dinosaures : les paléontologues se chamaillent pour savoir si leur extinction est arrivée brutalement, ou si la météorite de 12 km2 n’a fait que porter « le coup de grâce », note le chercheur, à un groupe déjà bien esquinté. Fabien Condamine penche pour la seconde hypothèse.

Une chute des températures

« Leur déclin serait dû à des changements majeurs de l’environnement, notamment des chutes de températures au cours du Crétacé, souligne-t-il. On aurait perdu 7°C, au bas mot. » Pour ces espèces, incapables de produire leur propre chaleur corporelle, et qui ont besoin de températures élevées pour se nourrir, se déplacer ou se reproduire, ce dérèglement climatique aurait été funeste. « Cette baisse des températures corrèle avec une augmentation de l’extinction » des dinosaures, poursuit Fabien Condamine.

Pour ne rien arranger, les premières disparitions ont d’abord concerné les herbivores, entraînant un déséquilibre des écosystèmes. Et, notamment, une extinction à petit feu des méchants carnivores, qui trouvaient de moins en moins d’herbivores à se mettre sous la dent. « Si on fait une analogie avec aujourd’hui, avec les plaines africaines, par exemple, tous les herbivores, les girafes, les éléphants, les zèbres, les gnous ou les gazelles sont très structurants pour tout l’écosystème, explique le chercheur montpelliérain. Car tous les prédateurs dépendent d’eux. Mais aussi les parasites, et les plantes. Sans les éléphants, il n’y a plus du tout la même végétation. »

« Une leçon » pour l’Homme dont « l’environnement se détériore »

Pour parvenir à ces résultats, l’équipe internationale menée par Fabien Condamine a analysé l’évolution au cours du Crétacé de six grandes familles de dinosaures, parmi lesquelles les célèbres tyrannosaures, les tricératops ou les hadrosaures. Les chercheurs ont accumulé pendant plusieurs années des tas de données issues de fossiles, et ont estimé l’évolution de chaque espèce au fil des millénaires.

Pour Fabien Condamine, cette étude met en évidence « un bon exemple d’un groupe hyper dominant », qui, confronté à des dérèglements extérieurs, décline peu à peu. « On peut comparer cela à d’autres groupes dominants, confie le chercheur. Je pense notamment à certains groupes de requins, qui se retrouvent aujourd’hui au bord de l’extinction. » Et à l’homme ? « C’est une leçon, pour nous, aussi, c’est certain, note-t-il. Notre environnement se détériore. Climatiquement parlant, en plus. »