Sortie dans l’espace de Thomas Pesquet : « Il n’y a pas de routine, c’est une nouvelle aventure à chaque fois », selon un ingénieur du CNES

ESPACE Ce mercredi et dimanche, le Français effectue deux sorties extra-véhiculaires avec pour mission d’installer de nouveaux panneaux solaires pour doper les capacités de production d’énergie de la Station spatiale internationale

Béatrice Colin

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Espace : Thomas Pesquet dans le vide spatial — 20 Minutes
  • Ce mercredi, l’astronaute français effectue sa première sortie extra-véhiculaire depuis son retour à bord de l’ISS le 24 avril dernier.
  • Durant 6h30, le Français va plancher sur l’installation de panneaux solaires avec l’Américain Shane Kimbrough pour doper la capacité de production d’énergie de l’ISS.
  • Cette sortie extra-véhiculaire est un vrai défi physique et technique, ce sera la troisième pour le Français qui sera à nouveau dans le vide spatial ce dimanche pour poursuivre l’installation.

C’est une sortie extra-véhiculaire, mais surtout extraordinaire. Arrivé à bord de la Station spatiale internationale le 24 avril dernier, l’astronaute  Thomas Pesquet a mis un pied dehors ce mercredi, peu après 14 h 15, heure française. Quatre ans après ses deux premières expériences, le Français a retrouvé le vide spatial.

Pour la troisième fois de sa vie, il va vivre son « rêve dans le rêve », qui n’a pourtant rien d’une promenade de santé à 400 km au-dessus du plancher des vaches. C’est même plutôt un marathon très très longue durée qu’il va vivre au cours des six prochaines heures, aux côtés de l’Américain Shane Kimbrough. Après un réveil vers 8 h 30, un bon petit-déjeuner, ils ont attaqué une longue journée. Et cela a débuté par un branchement sous oxygène pur pour accident de décompression.

Un habillage long et fastidieux

Puis, un long temps d’habillage s’en est suivi, fastidieux, à enfiler une combinaison de régulation thermique, puis le scaphandre, avant d’installation l’instrument « Safer », qui permettrait de les diriger si jamais leur câble venait à se rompre. Vers 13 h 30, ils sont rentrés dans le sas de l’ISS, avant son ouverture près de 45 minutes plus tard.

« Une sortie de 6 heures, on dit que cela revient à courir un marathon de 6 heures, une grosse étape de vélo de la même durée, cela représente une dépense énergétique importante », explique Sébastien Rouquette, responsable des vols paraboliques au CNES, d’où les équipes qui travaillent avec l’astronaute ont suivi ses premiers « pas » dans le vide sidéral. Des sorties que les astronautes ont répétées à plusieurs reprises dans des piscines.

Au-delà du rythme, s’ajoutent les difficultés à travailler en scaphandre et à porter des gants qui sont loin d’être aussi fin que ceux d’un chirurgien. Accrochés à la Station spatiale internationale, les deux astronautes vont sortir leur matériel de bricoleurs pour installer de nouveaux panneaux solaires. Une opération complexe qu’ils renouvelleront dès dimanche.

Booster les capacités des panneaux solaires

Aujourd’hui, l’ISS possède huit panneaux solaires d’une superficie totale de 2.500 m2. Les plus anciens ont été installés à la fin de l’année 2000 et ils peuvent produire jusqu’à 160 kilowatts de puissance, ce qui permet d’alimenter en énergie la station. Les nouveaux panneaux vont permettre de booster cette puissance de 20 à 30 %.

Dans le rôle de chef mécano cette fois-ci, il va déployer les panneaux solaires à bâbord de la Station spatiale internationale. Livrés le 5 juin dernier par le cargo Dragon de Space X, ils se trouvaient déjà fixés à l’extérieur du vaisseau, enroulés sur eux-mêmes. Thomas Pesquet va aller récupérer ce gros bagage de 350 kg, et grâce à un bras robotisé manipulé depuis l’ISS par Megan McArthur, il va les déplacer sur 20 mètres. Puis, les deux hommes, tenus par les pieds, se relaieront pour porter les panneaux à bout de bras, à l’extrémité de la Station où ils seront dépliés avant d’être fixés et connectés manuellement au système général.

« Ce branchement au système général ne peut se faire que durant l’éclipse, qui dure environ 45 minutes », précise Sébastien Rouquette du CNES. Une fois mis en place, les panneaux s’étaleront sur six mètres de large et 19 mètres de long.

De la préparation à la sortie

Une mission qui n’est pas sans danger mais qui est ultra-sécurisé et se passent sous l’œil attentif des autres astronautes restés à l’intérieur de l’ISS. En 2013, l’Italien Luca Parmitano avait dû rentrer en urgence à bord, le système de refroidissement de son scaphandre s’était écoulé dans le système de ventilation.

« Il n’y a pas de routine, c’est une nouvelle aventure à chaque fois. C’est un peu comme une sortie en plongée, la préparation, c’est toujours la même, mais on change sans cesse d’environnement et de choses à faire », raconte Sébastien Rouquette, qui rappelle que cette aventure est avant tout une aventure collective.