Mission Alpha : Quelles sont les sept différences entre un vol spatial SpaceX et Soyouz ?

ESPACE Alors que Thomas Pesquet va rejoindre la Station spatiale internationale via un vol SpaceX ce vendredi. Il existe de nombreuses différences entre la navette Crew Dragon et le Soyouz, capable également de desservir l'ISS

B. Colin avec F. Pouliquen

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Thomas Pesquet, avec une tablette numérique, dans la navette spatiale Crew-Dragon 2 de SpaceX.
Thomas Pesquet, avec une tablette numérique, dans la navette spatiale Crew-Dragon 2 de SpaceX. — SpaceX
  • Ce vendredi matin, Thomas Pesquet et le reste de l’équipage de la navette spatiale Crew Dragon 2 de SpaceX décolle de Floride.
  • Entre la navette de la société d’Elon Musk et Soyouz, celle utilisée depuis des années, il existe de nombreuses différences.
  • Au-delà du design très hollywoodien de la navette américaine, il y a aussi des différences techniques, ou encore de capacité, de durée de voyage par exemple.

Comme en 2016, ce vendredi à 11 h 49, l’astronaute français Thomas Pesquet va quitter la Terre pour rejoindre l’espace et s’installer confortablement durant six mois à bord de la Station spatiale internationale. Mais pour rejoindre sa nouvelle coloc' en orbite, à 408 km au-dessus de la notre planète, le voyage lui semblera certainement différent.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’il va vivre un lancement, mais le périple aura quand même une autre saveur car il se fera à bord du vaisseau Crew Dragon de SpaceX et non plus de la capsule Soyouz. On s’est amusé au jeu des sept différences entre ces deux Rolls Royce des transports spatiaux, qui, si elles ont le même objectif, sont parfois à des années-lumière.

Soyouz, et sa longue expérience des vols spatiaux

Le premier vol spatial Soyouz avec un cosmonaute à bord date du 21 avril 1967, soit 54 ans précisément. Certes, il fut un échec retentissant puisque Valdimir Komarov, qui avait pris place à bord, est mort lors du crash de la capsule. Mais depuis, le vaisseau russe est devenu une référence pour desservir l’orbite terrestre basse, et les stations spatiales, de Saliout à l’ISS, en passant par Mir, avec pas moins de 143 vols spatiaux au compteur.

Thomas Pesquet, avec une tablette numérique, dans la navette spatiale Crew-Dragon 2 de SpaceX.
Thomas Pesquet, avec une tablette numérique, dans la navette spatiale Crew-Dragon 2 de SpaceX. - SpaceX

A côté, SpaceX fait figure de jouvenceau avec ses trois vols orbitaux de sa navette Crew Dragon, dont deux avec équipage. Le dernier en date, s’est amarré le 17 novembre à l’ISS. « Cette expérience est l’une des différences fondamentales. Mais pour Soyouz, c’est aussi une difficulté, car tout vieilli. De son côté, SpaceX a fait plusieurs lancements en mode ravitailleur, c’est une expérience qui rassure », relève Philippe Droneau, directeur chargé de missions à la Cité de l’Espace qui diffusera en direct le lancement de Crew Dragon 2.

Question de places

« Le Soyouz comprend deux volumes. Le public ne s’en rend pas compte vu que les photos des décollages sont toujours prises du poste de pilotage. Mais il y a, juste au-dessus, un volume d’habitation où l’on peut manger, dormir… Le Crew Dragon ne comprend qu’un seul volume, mais plus spacieux alors ça ne change pas grand-chose au final », assurait mardi Thomas Pesquet, à quelques heures de son départ.

Si les deux vaisseaux ont une version cargo et peuvent emmener pas mal de ravitaillement, la version américaine à la place d’embarquer quatre passagers quand ils ne peuvent être que trois à bord de Soyouz.

Même voyage, mais plus long

Si sa capacité est plus importante, le Crew Dragon perd du terrain sur le temps de voyage. Pour atteindre l’orbite terrestre, il y a à chaque lancement huit longues minutes où ça secoue. Après, si le vaisseau spatial russe va rallier l’ISS en moyenne en six heures, SpaceX en met quatre fois plus. Thomas Pesquet et ses acolytes astronautes s’arrimeront à la station samedi midi, vingt-quatre heures après leur départ de Floride.

Grâce à des impulsions régulières et de savants calculs, les Russes ont réussi à améliorer leurs performances de ce côté-là. En octobre 2020, ils ont même réussi un coup de maître en battant un record et ralliant l’ISS en trois heures et huit minutes, moins long qu’un aller simple en TGV entre Paris et Marseille.

Des boutons aux écrans tactiles

Les rares astronautes qui ont fait le voyage dans les deux navettes spatiales font aussi un bond technologique, passant des années 1970 au XXIe siècle. « C’est la même différence qu’entre une voiture électrique de dernière génération et une vieille voiture à boîte manuelle… », avait comparé Thomas Pesquet dans une interview donnée au Monde. Et c’est particulièrement le cas au niveau du tableau de bord. Dans la capsule Soyouz, on est encore à l’ère des boutons et du tout manuel quand SpaceX utilise des écrans tactiles. La capsule Crew Dragon est aussi plus automatisée. « Dans Soyouz, il y a plus d’actions à réaliser, cela reste plus compliqué », indique Philippe Droneau.

Amerrissage versus Atterrissage

Tout le monde a en mémoire cette capsule qui se pose avec son grand parachute sur les steppes vierges du Kazakhstan. C’est immuable depuis plus de cinquante ans, la capsule Soyouz est lancée depuis le cosmodrome de Baïkonour. Et lors de son retour, près de 3h30 après s’être désamarrée de la Station spatiale, elle atterrit au milieu de nulle part, sur l’herbe verte ou le sol gelé selon les saisons, sans public ni trompettes.

Avec SpaceX, les sensations d’entrée dans l’atmosphère sont les mêmes pour les astronautes. Mais au lieu de se poser sur le sol, c’est en mer que les astronautes retrouvent cette bonne vieille Terre. En août dernier, alors qu’il n’y avait pas eu d’amerrissage américain depuis 1975, la capsule Crew Dragon avec à son bord Douglas Hurley et Robert Behnken a plongé dans le Golfe du Mexique, avant d’être récupérée par un bateau.

Adieu les chapeaux kazakhs, vive la Tesla

Encore blanc comme un linge après avoir été comme passé dans un lave-linge à son retour sur Terre, Thomas Pesquet se voyait affubler d’un chapeau du Kazakhstan. Et ce n’est qu’une des multiples traditions qui sont suivies à la lettre par les astronautes qui montent à bord de Soyouz. Avant le départ, ils ont droit de planter un arbre, de participer à une cérémonie des drapeaux ou encore d’être béni par un prêtre orthodoxe. Mais pas le droit de voir le lanceur.

Autant de « grigris » qui sont désormais incontournables. « Chez les Russes il y a une tradition très complexe, chaque heure est codifiée, il y a presque une liturgie des vols. Côté américain, c’est plus ouvert et encore plus pour SpaceX car ce sont les premiers astronautes à vivre les lancements. Ce sont eux qui sont en train de créer la tradition », insiste Philippe Droneau de la Cité de l’espace.

S’il y a du folklore côté russe, on se croirait plus dans un film futuriste chez SpaceX, avec pour réalisateur Elon Musk. Les astronautes arrivent en Tesla et portent des combinaisons qui pourraient ne pas détonner dans un film de superhéros. Il faut dire que le patron de SpaceX a fait appel au costumier hollywoodien José Fernandez, qui a conçu les habits des Quatre Fantastiques ou encore de certains X-Men. Un souci de l’esthétique, du joli, pour que l’exploit soit aussi un spectacle.

Du public au privé

Une autre différence de taille réside peut-être dans l’opérateur de cette aventure spatiale. D’un côté l’agence spatiale russe Roscosmos qui propose un système de transport national, donc public. Et de l’autre la société privée SpaceX d’Elon Musk qui opère les lancements pour le compte de la Nasa avec ses fusées Falcon 9 et a su aiguillonner les acteurs traditionnels du monde spatial.

« Cela donne donc une grosse différence sur l’utilisation des navettes, cette année SpaceX fera voler dans son vaisseau un équipage composé exclusivement de civils, quatre personnes qui ne sont pas des astronautes, c’est une forme de privatisation de l’orbite basse », explique Philippe Droneau. Chose encore impensable pour les agences spatiales classiques.