Grâce à Curiosity, on sait désormais que Mars n'est pas devenue aride d'un seul coup

ESPACE Grâce au télescope de l’instrument ChemCam installé sur le rover, les chercheurs ont pu observer les roches escarpées du mont Sharp et révéler des informations sédimentaires

Béatrice Colin

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Un selfie du rover Curiosity sur Mars.
Un selfie du rover Curiosity sur Mars. — NASA/JPL-Caltech/MSSS
  • Depuis huit ans, le rover Curiosity explore la planète rouge pour essayer de comprendre pourquoi celle-ci est devenue un lieu aride inhabitable.
  • Grâce à un télescope, les scientifiques viennent d’observer de plus près une transition géologique.
  • Celle-ci permet de donner des informations clés sur l’assèchement de Mars, qui s’est fait en plusieurs temps. Un indice sur les changements climatiques de la planète qui a encore beaucoup de secrets à livrer.

A des millions de kilomètres de la Terre, depuis le mois de février, tous les yeux sont rivés sur Mars et les premiers pas de Perseverance. Mais pendant que le nouveau rover de la Nasa déploie ses instruments au cœur du cratère Jezero, plus au sud-ouest, Curiosity continue à tailler sa route sur le mont Sharp. Et son travail quotidien livre, plus de huit ans après son arrivée, encore de précieux secrets sur la planète rouge.

Dernière en date : Mars ne s’est pas asséchée d’un coup il y a 3,5 milliards d’années, mais sur une durée de plusieurs milliers d’années. Cette découverte, on la doit à une équipe de chercheurs franco-américains qui viennent de publier un article dans le magazine Geology. Depuis l’orbite, ces spécialistes avaient déjà repéré une transition géologique sur une partie de la montagne.

Fluctuations de périodes humides et sèches

Mais il a fallu le temps de s’en approcher. « C’est une montagne qui fait presque 6 km de haut, difficile à explorer parce que nous sommes sur des canyons, des affleurements de partout. On savait que cette transition sédimentaire était importante mais on n’en connaissait pas vraiment la nature. Depuis l’orbite, on voyait qu’il y avait des argiles à la base sédimentaire et, au-dessus, des sulfates. Mais on ne savait absolument pas ce qui se cachait derrière ça », explique William Rapin, chercheur du CNRS au sein de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie ( IRAP) de Toulouse.

Grâce à l’instrument ChemCam, et à son télescope au pouvoir de résolution bien supérieur aux autres caméras, ils ont pu observer ce phénomène de près et pour la première fois en voir les détails. Et le résultat a bluffé l’équipe de chercheurs.

« Depuis huit ans, nous voyons des boues séchées, des sables déposés par des rivières anciennes et là, d’un coup, on arrive dans les sulfates. La surprise, c’est que plus haut, on a à nouveau des dépôts, la nature des structures que l’on voit avec le télescope change et de nouveau on est dans un environnement humide, probablement une plaine d’inondation fluviale. Cela nous permet de confirmer pour la première fois sur Mars qu’un changement minéral est associé à un changement de climat, on peut suspecter ailleurs sur Mars que ces sulfates sont liés à un changement climatique », souligne le scientifique.

Pour l’heure, l’origine de ces fluctuations reste encore un mystère. Mais c’est bien ce qui motive ceux qui ont les yeux tournés vers Mars. Curiosity va continuer à grimper sur cette montagne et forer, pour connaître la composition chimique de ces grandes mers de sable.