Un gène est capable de passer d'une plante à un animal, selon une étude

RECHERCHE Des scientifiques chinois et suisses ont décrit une situation où des insectes « exploitent les outils génétiques de leur plante hôte » et les utilisent contre les végétaux

20 Minutes avec agence

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Illustration d'une mouche
Illustration d'une mouche — Ekamelev/Pixabay

Des chercheurs chinois et suisses ont découvert qu’une espèce de mouche avait subi une mutation génétique, acquérant un gène habituellement présent seulement chez les plantes. Ce phénomène de transfert horizontal est commun dans le monde végétal ou entre bactéries. Les auteurs de l’étude sur le sujet parue ce jeudi dans Cell le qualifient cependant d'« exceptionnel » entre un insecte et une plante.

Cette mouche au patrimoine génétique hors-norme est la Bemisia tabaci, aussi appelée « aleurode du tabac », précise Futura-Sciences. Sa grande résistance aux insecticides lui permet de causer d’importants dégâts au sein de plusieurs espèces végétales dont le tabac, le coton ou la tomate. Les scientifiques ont mis au jour la particularité génétique de l’insecte en cherchant à comprendre son manque de réaction face à certains produits chimiques d’une plante, les glycosides phénoliques.

Un gène a été identifié

Ces substances sécrétées par les plantes repoussent habituellement les insectes herbivores, pour qui elles sont nocives. En établissant le profil génétique de l’aleurode du tabac, les spécialistes ont découvert un gène baptisé BtPMaT1. Les experts n’ont trouvé aucune trace du gène chez d’autres animaux.

Des séquences identiques existent cependant chez certaines espèces végétales, des bactéries ou des champignons. Les auteurs de l’étude ont souhaité vérifier leur hypothèse en modifiant génétiquement un plant de tomate pour y neutraliser le gène BtPMaT1 en perturbant son développement.

Les herbivores exploitent les outils génétiques d’une plante

Le plan en question a alors présenté une résistance totale à la Bemisia tabaci. La mortalité des mouches blanches ayant consommé ces tomates s’est avérée supérieure à celle de leurs congénères.

« Ces découvertes révèlent un scénario d’évolution dans lequel des herbivores exploitent les outils génétiques de leur plante hôte afin de devenir résistants aux défenses de cette plante », ont expliqué les auteurs de l’étude. Ils ont également estimé que les conclusions de leurs travaux étaient « susceptibles d’être utilisées dans le domaine de la protection des cultures ».