Grotte de Tautavel : Un os découvert il y a dix-huit ans identifié comme un péroné humain vieux de 450.000 ans

ARCHEOLOGIE Ce bout d'os n'avait pas pu, jusqu'alors, être clairement identifié

Nicolas Bonzom
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Le fragment d'os identifié à Tautavel
Le fragment d'os identifié à Tautavel — Christian Perrenoud
  • Un fragment d’os, retrouvé il y a dix-huit ans à la grotte de Tautavel, a été identifié comme un bout de péroné humain, un os de la jambe, vieux de 450.000 ans.
  • Il s’agit probablement d’un os d’adulte, issu des pré-Néandertaliens.
  • Les chercheurs ont dû tenter de comprendre s’il s’agissait d’un os humain ou animal.

Il y a dix-huit ans, des archéologues sont tombés sur un os, d’un peu moins de six centimètres, dans la  grotte de Tautavel, à la Caune de l’Arago  (Pyrénées-Orientales). Il n’avait pas pu, jusqu’alors, être clairement identifié. Après de (très) longues investigations, les chercheurs ont pu déterminer l’origine de ce fossile : il s’agit d’un bout de péroné humain, un os de la jambe, vieux de 450.000 ans.

Ce sont alors les « hominines, qui ont précédé les Néandertaliens », qui peuplaient ce territoire, l’homo Heidelbergensis, « du nom de la province allemande, où a été découverte, au début du XXe siècle, une mandibule d’un pré-Néandertalien », confie Amélie Vialet, paléoanthropologue et membre de l’équipe de chercheurs de Tautavel.

« Très rare »

Il s’agit probablement d’un os d’adulte, « étant donné ses dimensions, note la maîtresse de conférences du Museum d’histoire naturelle. Mais estimer le sexe de l’individu, en revanche, est très, très difficile. » Si les sols de la Caune de l’Arago sont particulièrement riches en vestiges, « il est très rare de trouver des ossements humains de cette époque, notamment parce que les hommes ayant vécu il y a plus de 100.000 ans n’enterraient pas leurs morts », explique Christian Perrenoud, le responsable des recherches à Tautavel.

Mais pourquoi l’identification de ce petit os a pris tant de temps ? Lorsque les archéologues dénichent un fossile de plusieurs dizaines de centimètres, il y a de grandes chances, étant donné sa taille, qu’il appartienne à un humain. « Mais quand vous avez un petit morceau qui ne fait quelques centimètres, sachant qu’il y a 122 espèces fossiles décrites dans la grotte, on fait très attention avant d’affirmer que ça vient de l’homme, souligne l’archéologue. Il faut bien voir que ça vient de l’homme et pas d’un autre animal. »

« On a l’impression que l’espace-temps s’est aboli »

En le comparant, notamment, au squelette humain actuel, qui ressemble encore un peu, malgré le poids des millénaires, à celui de ses lointains ancêtres. Mais aussi en le confrontant à d’autres fragments d’os, retrouvés à Tautavel. « Nous avons 600.000 objets issus des fouilles, depuis le début, il y a un peu plus de 50 ans, reprend Amélie Vialet. Pour faire ces rapprochements, cela peut prendre beaucoup de temps. »

Ce bout de péroné pourrait d’ailleurs appartenir à individu dont d’autres fragments d’os ont déjà été retrouvés. Face à de telles découvertes, s’émerveille la paléoanthropologue, « on se sent très privilégié, on a l’impression que l’espace-temps s’est aboli. On est en direct avec un individu qui a 450.000 ans. On est face à face, avec notre passé. »