Mission « Deep Time » : Qui sont ces 15 aventuriers qui vont vivre 40 jours hors du temps dans une grotte ariégeoise ?

EXPERIENCE Amenés par l’explorateur Christian Clot, sept femmes et sept hommes vont participer à l’aventure « Deep Time » à partir de dimanche soir, dans la grotte de Lombrives, en Ariège

Nicolas Stival

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Les aventuriers de « Deep Time » commencent l'aventure ce dimanche dans la grotte de Lombrives, en Ariège.
Les aventuriers de « Deep Time » commencent l'aventure ce dimanche dans la grotte de Lombrives, en Ariège. — Mélusine Mallender / Deep Time
  • La mission « Deep Time » commence ce dimanche soir dans la grotte de Lombrives, en Ariège.
  • Pendant 40 jours, 15 personnes vont vivre coupés du monde, sans notion de temps, pour une aventure qui devra notamment déterminer comment le cerveau s’adapte à ces conditions extrêmes.
  • Si les profils de ces bénévoles sont variés, leur recrutement ne doit rien au hasard.

Jusqu’au bout, avant de s’enfoncer dans les entrailles ariégeoises, les confinés volontaires de « Deep Time » ont pris toutes les précautions possibles. « Si une personne contracte le Covid, toute la mission tombe », lance Christian Clot. L’explorateur-chercheur franco-suisse et 14 autres personnes pénètrent ce dimanche à 20 heures dans la grotte de Lombrives, à Ussat-les-Bains. Pendant 40 jours, les équipiers vivront loin de tout, sans lumière naturelle, sans contact avec l’extérieur ni repère temporel.

La mission est encadrée par des dizaines de scientifiques pour une expérience qui se veut pionnière : analyse du cerveau, des rythmes biologiques, du stress… « C’est une étude hors du temps non plus sur des individus isolés, comme avec Michel Siffres ou Véronique Le Guen par le passé, mais sur un groupe humain entier, reprend Christian Clot, par ailleurs patron fondateur de l’Human Adaptation Institute. Comment un groupe est-il capable de générer des solutions communes alors que nous vivons tous dans un système personnel ? »

Les 14 aventuriers de « Deep Time » autour de Christian Clot (troisième en partant de la gauche au premier rang), ce dimanche.
Les 14 aventuriers de « Deep Time » autour de Christian Clot (troisième en partant de la gauche au premier rang), ce dimanche. - Deep Time

Justement, qui sont ces confinés volontaires qui vont tenir compagnie à l’explorateur de 49 ans ? « Il y a sept hommes et sept femmes. Ils pratiquent des métiers divers. Nous voulions prendre des personnes non professionnelles des missions extrêmes. C’est important, car tout le monde est impacté par les changements de la société. »

« Sélectionnés depuis plusieurs années » pour la plupart

Ceci dit, les équipiers de « Deep Time », bénévoles pour la mission, n’ont pas non plus été « castés » au hasard, dans les allées du marché de Foix ou au détour d’une rando à raquette dans les environs d’Ax-les-Thermes. Agés de 27 à 50 ans, originaires de France métropolitaine, de La Réunion ou du Québec, ils ont « pour la plupart été sélectionnés depuis plusieurs années », explique Christian Clot.

Beaucoup devaient ainsi participer à l’expédition à travers quatre milieux extrêmes baptisée « Adaptation 4x30 jours – Mission-20 », programmée l’an dernier mais reportée pour cause de Covid. Toutes et tous avaient au préalable répondu à des annonces dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Les 1.500 candidats ont vu leur contingent rétrécir au fur et à mesure des tests physiques et psychologiques menés pendant une année. Si on trouve un chômeur, un cordiste ou une joaillière, beaucoup de ces élu(e)s exercent des professions scientifiques ou médicales (biologiste, anesthésiste-réanimateur, psychomotricienne).

Mais au fait, que vont-ils faire pendant 40 jours à l’intérieur de Lombrives, qui se présente comme la plus grande grotte d’Europe ? « On a construit une sorte de base lunaire avancée en un temps record, se félicite Jérémy Roumian, directeur des opérations de l’Human Adaptation Institute. Quatre tonnes de matériel ont été acheminées par plus de 70 bénévoles. »

Interdit de réveiller un ou une collègue

Des expériences seront menées (topographie de la grotte, études de la faune et de la flore…) à côté du camp de vie et de la zone de sommeil. Chacun devra trouver son propre rythme, et c’est là l’un des intérêts de l’expérience : pour cette raison, il est interdit à un équipier d’en réveiller un autre, même s’il a envie de taper le carton ou la discussion. Alimentation et déchets seront échangés avec l’extérieur grâce à un sas.

Si le plan se déroule sans accroc, les aventuriers seront avertis de la fin de leur « quarantaine » volontaire le jeudi 22 avril par les équipes de l’Human Adaptation Institute. Ils recevront des montres, pour qu’ils se remettent peu à peu de leur « jet-lag » immobile, avant de retrouver le grand air. Ils seront alors de nouveaux soumis à une batterie de tests en tout genre. Puis, si besoin, un suivi médical et psychologique sera assuré les mois suivants, lorsque les confinés de Lombrives auront repris une vie ordinaire.