Perseverance : Entre tir laser et son du vent martien, SuperCam réussit ses premiers pas

ESPACE Moins de trois semaines après son arrivée sur Mars, le rover Perseverance et son instrument SuperCam ont déjà d'excellents résultats

Béatrice Colin

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SuperCam est installé sur le rover Perseverance.
SuperCam est installé sur le rover Perseverance. — CNES/VR2Planet
  • Le rover Perseverance a posé ses roues le 18 février sur la planète rouge, avec pour mission de rechercher de traces de vie passée.
  • Son instrument phare, SuperCam conçu en France, est désormais opérationnel et a déjà utilisé son laser à infrarouge.
  • Le microphone, qui se trouve sur SuperCam, a aussi enregistré les premiers sons du vent martien.

Il roule, il voit et il entend. Moins de trois semaines après son atterrissage sur la planète rouge, tous les voyants sont au vert pour le rover Perseverance. Et il en est de même pour son instrument phare SuperCam. Ce mercredi, le CNES a livré un bulletin de santé plus que rassurant de ce bijou de technologies qui doit traquer des traces de vie passée sur Mars.

Tellement en forme, qu’il a déjà commencé à prendre des photos de grain de poussière aussi gros qu’un dixième de millimètres, la taille d’un cheveu. De quoi viser de manière précise la roche que l’on veut analyser. Et c’est ce qu’a fait SuperCam en dégainant son laser de puissance infra-rouge.

« Nous avons eu la chance le douzième jour de la mission de tirer sur une cible baptisée Maaz. On a un très beau spectre, on voit des éléments majeurs, le silicium, le potassium, le calcium, l’aluminium par exemple, et puis des éléments mineurs comme le manganèse et l’hydrogène. A ce stade on n’a pas terminé l’analyse complète mais c’est une roche de type basaltique, assez commune sur Terre. On a encore à travailler pour voir si elle était déjà sur place, de type volcanique, ou qui était rapporté par toute cette eau qui a coulé à l’intérieur du cratère Jezero », détaille Sylvestre Maurice, le coresponsable scientifique de SuperCam.

Reste aussi encore à plancher sur la minéralogique de cette roche, la façon dont les atomes sont liés entre eux. Pour y parvenir, pour la première fois sur Mars, un faisceau laser vert a été utilisé. Ce spectromètre Raman peut aussi détecter certaines molécules organiques. « Cela va jouer un rôle crucial dans la caractérisation des minéraux permettant de mieux comprendre les conditions géologiques de leur formation et de détecter de potentielles molécules organiques et minéraux qui pourraient avoir été formés par le vivant », enchaîne Olivier Beyssac, directeur de recherche du CNRS à l’Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie.

Du (bon) son

Mais le spectacle sur Mars ces derniers jours n’était pas que visuel. Il était aussi dans le casque. « Fermez les yeux et écoutez les premiers sons enregistrés dans les fréquences audibles à la surface de Mars, exactement comme vous les entendriez de vos propres oreilles si vous y étiez », a insisté Naomi Murdoch lors de la diffusion de quelques secondes d’enregistrement. Cette chercheuse à l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, dont l’équipe a conçu le microphone élaboré par son équipe et intégré à SuperCam, n’a pas caché son enthousiasme à partager ce qu’il y a encore deux semaines étaient complètement inconnu : l’ambiance sonore de Mars.

On est loin d’une journée de mistral, mais ces sons révéleront d’ici peu un tas d’informations sur la différence entre deux roches qui ressembleraient comme deux gouttes d’eau ou encore sur la science atmosphérique.