Même s’il n’a pas de cerveau, « le blob » vient encore de démontrer qu’il a de la mémoire

ETUDE Une nouvelle étude vient confirmer que le blob, cet être unicellulaire visqueux sans cerveau, a la capacité de mémoriser ce qu’il fait, par uniquement grâce à l’apprentissage

Béatrice Colin
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Un Physarum polycephalum, surnommé « le blob », est une espèce unicellulaire scruté de près par les scientifiques.
Un Physarum polycephalum, surnommé « le blob », est une espèce unicellulaire scruté de près par les scientifiques. — CHRISTELLE GARRIC/ZEPPELI/SIPA
  • Depuis plusieurs années, les scientifiques se penchent sur le blob, cet être unicellulaire, sans cerveau, mais qui sait faire malgré tout plein de choses.
  • Parmi ses capacités, des chercheurs toulousains ont déjà démontré que grâce à l’apprentissage il pouvait apprendre et mémoriser.
  • Une nouvelle confirme cette possibilité que le blob emmagasine des souvenirs sur de brèves échéances grâce à son système veineux.

C’est jaune, c’est moche… Mais ça fascine. Celui qui inspire les scientifiques depuis plusieurs années, vient encore de les épater par ses capacités. Lui, c’est «le blob», ni champignon, ni animal, ni même plante, même si les sous-bois sont son terrain de jeu favori. Ce Physarum polycephalum, visqueux au possible, est une espèce unicellulaire capable de s’établer en rampant sur des dizaines de mètres.

Mais ses performances ne s’arrêtent pas là. Des chercheurs toulousains ont montré qu’il pouvait apprendre. Et cela depuis qu’il se trouve sur Terre, soit 500 millions d’années, bien avant qu’un cerveau digne de ce nom y ait vu le jour. Les membres du Centre de recherches en cognition animale de la Ville rose, qui bichonnent plusieurs exemplaires de ces êtres primitifs, avaient déjà démontré qu’ils pouvaient communiquer et avait donc une sorte de mémoire.

Deux chercheuses allemandes viennent d’enfoncer le clou sur les capacités du blob à stocker des souvenirs. Dans une étude parue sur Proceedings of the National Academy of Sciences, elles démontrent qu’en fonction de la présence de nutriments, les petits tubes qui constituent son système veineux vont voir leur diamètre augmenter ou rétrécir, « imprimant ainsi l’emplacement » de la nourriture. Il a ainsi la capacité de stocker et lire des souvenirs en fonction de l’organisation et du diamètre de ses tubes.

Et ce serait une substance circulant dans le réseau veineux qui signalerait la présence de nourriture à un certain endroit pour qu’il puisse réagir et agir en fonction. De quoi ouvrir pour ces scientifiques des pistes sur les nouveaux matériaux intelligents, bio inspirés.

Stigmates du passé versus apprentissage

« Nous, nous avions démontré que le blob a de la mémoire grâce à un apprentissage, l’étude de l’équipe allemande de biophysiciens s’est intéressée au système veineux. Ils ont démontré que la morphologie du réseau était influencée par la découverte de nourriture, un peu comme si le blob gardait en mémoire la position de la nourriture, de manière éphémère », décortique l’éthologiste  Audrey Dussutour, membre du Centre toulousain de recherches sur la cognition animale (CNRS – UPS).

Une forme de mémoire, puisque le réseau s’est déformé par rapport à un événement passé, comme des stigmates. Par contre, s’il repasse un jour par ce même tapis de feuilles mortes, il ne pourra pas se souvenir que par le passé il y a fait un bon repas.

On devrait par contre savoir d’ici peu, s’il apprécierait que ce déjeuner soit arrosé ou pas. La biologiste toulousaine et son équipe planchent actuellement sur sa tolérance à l’alcool, et plus particulièrement à l’éthanol. « Il y a deux Graals dans la biologie pour montrer que l’on peut faire des choses sans cerveau. Il y a l’apprentissage, ça, on l’a démontré. Et puis il y a les phénomènes d’addiction, que l’on dit dépendre forcément d’un système nerveux. On veut essayer de voir si c’est vrai, si notre blob peut développer des addictions », s’enthousiasme Audrey Dussutour, contente de tester les capacités éthyliques de son protégé.

Elle avait déjà testé sa propension à tolérer le sel. Et s’il ne l’appréciait pas au début l’iode, il a fini par s’y habituer. Une capacité d’adaptation qui lui a permis de survivre durant des millions d’années. Et qui pourrait servir à l’avenir, notamment dans les recherches médicales. Après avoir observé le blob jaune sous toutes les coutures, Audrey Dussutour a décidé de se pencher sur son variant rose, pour voir s’il avait les mêmes capacités que son cousin. Ou si la version « maillot jaune » n’était pas leader des êtres sans cerveau pour rien.