Perpignan : Des poissons équipés d'émetteurs pour tenter de percer leurs secrets

MEDITERRANEE L'étude est menée par les universités de Perpignan et de Barcelone

Nicolas Bonzom

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Un mérou (illustration)
Un mérou (illustration) — BARIL-PBI/SIPA
  • Des poissons ont été équipés d'émetteurs électroniques sur le littoral catalan, dans le cadre d'une étude menée par les universités de Perpignan et de Barcelone.
  • L'objectif est d'en apprendre plus sur les déplacements de plusieurs espèces.
  • Les scientifiques lancent un appel aux pêcheurs et aux plongeurs : si vous trouvez l'un de ces poissons connectés, prévenez le laboratoire qui mène l'étude.

D’étonnants poissons connectés sillonnent le littoral catalan depuis plusieurs semaines. Dans le cadre d’une étude, menée par les universités de Perpignan (Pyrénées-Orientales) et de Barcelone (Espagne), ces loups, barracudas, daurades ou mérous (mais aussi des langoustes) ont été équipés d’émetteurs, qui vont permettre aux scientifiques de suivre à distance leurs moindres faits et gestes.

« L’objectif est d’acquérir des connaissances sur le cycle de vie de plusieurs espèces de poissons, sur un réseau de réserves marines, entre la France et l’Espagne, confie Philippe Lenfant, professeur au Cefrem, le Centre de recherche et de formation sur les environnements méditerranéens, à Perpignan. Nous allons pouvoir comprendre où se trouvent les nurseries pour les juvéniles, les zones de reproduction, s’il existe des déplacements entre les zones françaises et espagnoles, et inversement, etc. »

Définir une stratégie pour une « gestion durable » de ces espèces

Cette étude devrait, aussi, permettre d’accompagner la gestion des stocks de ces espèces, dont certaines sont particulièrement prisées par les pêcheurs. De la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, jusqu’au parc naturel des Îles Medes, au large de l’Estartit, une soixantaine de poissons ont ainsi été prélevés, endormis et équipés de petits émetteurs, d’un demi-centimètre de diamètre, au niveau de l’abdomen. Ils ont ensuite été relâchés. A terme, 300 individus seront marqués dans les deux pays.

Ces balises envoient des signaux acoustiques à une centaine d’hydrophones, placés à des endroits stratégiques, sur le littoral catalan. Les scientifiques connaîtront ainsi, à des dates et des heures précises, par où sont passés les poissons, et pourront établir des cartographies de leurs déplacements. « Il y a un numéro par poisson, on sait si ce sont des jeunes, des vieux, ou de quelles espèces il s’agit, reprend Philippe Lenfant. Nous allons pouvoir les suivre pendant deux ans, la durée des batteries. »

A l’issue de cette étude, les données seront partagées avec les acteurs de la Méditerranée, les pêcheurs, professionnels ou de loisirs, les plongeurs ou les responsables des réserves marines, pour définir, ensemble, une stratégie pour une « gestion durable » de ces poissons. « L’idée n’est pas une mise sous cloche, mais que l’on puisse maintenir dans le temps ces espèces », reprend le chercheur. Et si les pêcheurs ou les plongeurs des côtes catalanes, dans les prochains mois, venaient à observer ou à capturer un poisson équipé de marques externes (jaune ou bleu), ils sont invités à contacter le laboratoire (04.68.66.20.97), pour signaler qu’il quitte le champ de l’étude.