Le plus vieil ADN du monde a été séquencé sur des dents de mammouth

GENETIQUE Grâce au séquençage de millions de paires de bases, des chercheurs ont pu déterminer que le fossile du mammouth Krestovka était âgé d’1,65 million d’années

20 Minutes avec agences

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Illustration d'un mammouth.
Illustration d'un mammouth. — MARY EVANS/SIPA

Il date de plus d’un million d’années. Le plus vieil ADN du monde jamais séquencé a été récupéré sur des dents de mammouths enfouies dans le permafrost en Sibérie, indique une étude publiée mercredi dans la revue Nature. Les analyses menées sur trois spécimens apportent ainsi un nouvel éclairage sur l’âge de glace et l’héritage du mammouth laineux, dont les derniers survivants ont disparu il y a seulement 4.000 ans de l’île de Wrangel, au large de la Sibérie.

Les génomes décryptés dépassent ici de loin le plus ancien ADN jamais séquencé jusque-là, celui d’un cheval vieux de 500.000 à 700.000 ans.

Des premières datations moins précises

Les fossiles analysés ont été découverts dans les années 1970 en Sibérie, dans du pergélisol (du sol gelé en profondeur, aussi appelé permafrost), et conservés à l’Académie russe des sciences, à Moscou. Les chercheurs ont d’abord réussi à dater les dents (des molaires) en les comparant à d’autres espèces, comme des petits rongeurs, réputées pour avoir été uniques à des périodes particulières, et retrouvées dans les mêmes couches sédimentaires.

Ces premières comparaisons ont suggéré que deux des grands mammifères étaient d’anciens mammouths des steppes âgés de plus d’un million d’années. Le plus « jeune » des trois, d’environ 800.000 ans, était le plus ancien mammouth laineux (une espèce qui a divergé du mammouth des steppes) jamais découvert.

Séquençage de millions de paires de bases

Mais les chercheurs sont allés plus loin, réussissant à extraire des données génétiques à partir de minuscules échantillons de poudre dentaire, « comme une pincée de sel pour assaisonner un plat », a expliqué lors d’une conférence de presse Love Dalen, professeur de génétique du Centre de paléogénétique de Stockholm. Malgré leur état dégradé, les scientifiques sont parvenus à séquencer des millions de paires de bases, les briques qui constituent l’ADN, et à estimer l’âge à partir de cette précieuse information, plus précise que les preuves géologiques.

Verdict : le plus vieux mammouth, appelé Krestovka, est encore plus âgé qu’estimé au départ, soit 1,65 million d’années et le deuxième, Adycha, a 1,34 million d’années. Le plus jeune, Chukochya, a environ 870.000 ans.

D’autres secrets révélés

Par ailleurs, en utilisant le génome d’un éléphant d’Afrique, un cousin moderne du mammouth, les chercheurs ont aussi découvert que le plus âgé, Krestovka, était issu d’une lignée génétique jusqu’ici inconnue, qui aurait divergé des autres espèces il y a environ 2 millions d’années puis colonisé l’Amérique du Nord. D’autres analyses ont révélé des variations génétiques associées à la vie dans l’Arctique, comme la pilosité, la thermorégulation ou les dépôts de graisse, suggérant que les mammouths étaient poilus bien avant l’apparition de leur congénère laineux.

Le dégel du permafrost sibérien, lié au réchauffement climatique, met au jour de plus en plus de fossiles. Une véritable mine d’or qui rend les scientifiques avides d’étudier aussi le passé de plus petits animaux, comme les ancêtres des élans, bœufs musqués, ou lemmings. Si la génétique a mis les projecteurs sur la mégafaune de l’âge de glace, « l’heure des petits mammifères pourrait bientôt sonner », a ainsi souligné Alfred Roca, de l’Université américaine de l’Illinois, dans un commentaire publié en marge de l’étude.