Espace : Que peuvent espérer ces nouveaux astronautes que s’apprêtent à recruter l’Agence spatiale européenne ?

ESPACE L’agence spatiale européenne va lancer le recrutement d’au moins quatre astronautes. La sélection est rude, la formation aussi. Mais à la clé, le voyage dans l’espace est assuré

Fabrice Pouliquen

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L'astronaute français Thomas Pesquet lors de sa deuxième sortie dans l'espace, le 24 mars 2017.
L'astronaute français Thomas Pesquet lors de sa deuxième sortie dans l'espace, le 24 mars 2017. — Handout / NASA / AFP
  • A partir du 31 mars, l’ESA, l’agence spatiale européenne, va ouvrir une campagne de recrutement d’astronautes, à travers ses 22 pays membres et deux associés. Une première en douze ans. Et l’occasion ne se présentera pas de sitôt.
  • L’ESA prévoit de recruter au moins quatre astronautes, peut-être six qu’elle devra choisir dans les milliers de candidatures qu’elle devrait recevoir. Les profils recherchés ? Des scientifiques ou encore des pilotes d’essais.
  • La sélection sera rude, l’entraînement aussi. Mais cette nouvelle génération d’astronautes aura très certainement plus d’opportunités de partir dans l’Espace que la précédente. Et pourra espérer même poser à nouveau le pied sur la Lune.

« Il vous faudra être flexible, rappelle Zineb Elormi, responsable des ressources humaines à l’Agence spatiale européenne (ESA). Les horaires de travail sont irréguliers, il faudra prévoir de nombreux déplacements, de longues absences du domicile… » Il vous faudra aussi avoir le cœur bien accroché et cette capacité primordiale à rester calme sous la pression. Car ce que vous propose actuellement l’ESA est tout bonnement de rejoindre son équipe d’astronautes actifs. En clair : d’être le futur collègue du Français Thomas Pesquet.

Ils sont sept actuellement à composer ce « pool » d’astronautes. L’ESA cherche à en ajouter au moins quatre supplémentaires, peut-être six, et lance une campagne de recrutement à cet effet dans les 22 pays membres de l’ESA et les deux autres associés. La première depuis plus de douze ans.

Un master, de l’anglais, et de l’expérience

A vos CV donc, car l’occasion ne se présentera pas de sitôt. Les candidatures sont à déposer à partir du 31 mars et jusqu’au 28 mai sur un site internet spécialement créé par l’ESA. « Ce devra être un CV europass et il faudra l’accompagner d’une lettre de motivation, répondre à un questionnaire en ligne et enfin fournir un certificat médical spécifique dont les modalités vous seront précisées sur le site », détaille Zineb Elormi.

On en sait un peu plus sur les profils recherchés. Le mécanisme de sélection « ne comprend aucun critère lié au sexe, et les femmes ont autant de chances de passer au travers », insiste déjà l’ESA, qui invite chaudement ces dernières à déposer leur candidature. Sinon, « les candidats doivent avoir un master dans des domaines scientifiques tels que les sciences naturelles, la médecine, l’ingénierie, les mathématiques ou les sciences informatiques, reprend Zineb Elormi. Avoir un doctorat dans ces domaines est un atout supplémentaire, mais ce n’est pas essentiel pour postuler. Nous acceptons aussi les candidatures de pilotes d’essai expérimental ou ingénieur d’essai d’un niveau maîtrise. Il faut aussi un excellent niveau d’anglais, ainsi qu’un bon niveau dans une deuxième langue vivante. Pas forcément le russe, comme on le croit souvent. La langue est enseignée pendant la formation des astronautes. » Trois ans d’expériences après le diplôme sont aussi demandés. Et nouveauté par rapport à 2008 : la limite d’âge a été repoussée à 50 ans (contre 40 ans la dernière fois).

Le conseil de Thomas Pesquet : « Ne vous autocensurez pas »

Vous pensez correspondre ? « Ne vous autocensurez pas », insiste Thomas Pesquet dans une vidéo adressée à ceux qui hésitent à candidater. Mais gardez tout de même à l’esprit qu’en 2008, pour sa dernière campagne de recrutement, l’ESA avait reçu 8.000 candidatures pour, au final, recruter six astronautes, dont Thomas Pesquet. Elle ne s’attend pas à en recevoir moins cette année. Et le dépôt de son CV n’est que la première étape d’une longue sélection, dont 20 Minutes vous a déjà décrit les principales étapes lundi.

Un chemin de croix, mais avec un job de rêve à la clé pour celles et ceux qui parviennent à aller au bout. Il y a déjà le salaire, critère qui entre forcément en compte. Zineb Elormi donne une fourchette : « entre 5.000 et 10.000 euros par mois en fonction du niveau d’expérience ». Et puis « on ne recrute pas des astronautes potiches, glisse le docteur Guillaume Weerts, chef des équipes médicales & support astronautes à l’Esa. Manière de dire que ces quatre ou six astronautes recrutés auront les opportunités de voyager dans l’espace. « La plupart des sept astronautes qui constituent aujourd’hui le corps actif de l’Esa – qui correspondent aux six embauchés en 2008 plus un dernier recruté ultérieurement – sont partis deux fois dans l’espace, reprend Guillaume Weerts. Ce sera bientôt le cas de Thomas Pesquet. C’est assez nouveau pour être souligné. En moyenne, les astronautes faisaient jusque-là deux missions de longue durée dans l’espace dans leur carrière. Puisque nous les avons recrutés relativement jeunes en 2008, certains en feront très certainement trois. »

Davantage d’occasions de voler pour la future génération ?

La prochaine génération d’astronautes aura très certainement davantage de possibilités de voler. L’unique destination à ce jour pour les astronautes est la station spatiale internationale (ISS), nichée à 400 km de la Terre. « L’ESA a négocié la possibilité d’une mission longue durée [six mois] tous les dix-huit mois à bord de l’ISS, indique Didier Schmidt, responsable du groupe « stratégie et coordination » dans le programme d’exploration humaine et robotique de l’Esa. On peut assurer que cette future génération d’astronautes que nous allons recruter aura l’occasion d’y aller. »

A l’ISS s’ajoutera bientôt une deuxième destination : Gateway, la future station spatiale à proximité de la Lune. « Elle devrait être mise en service en 2025, très vite donc, et nous aurons très certainement des opportunités d’y envoyer nos astronautes en mission, reprend Didier Schmidt. Mais les premiers vols vers Gateway seront très certainement réservés au corps déjà actif de nos astronautes. Tout simplement parce qu’un tel voyage [Gateway sera à 400.000 km de la Terre] demandera d’être expérimenté, d’avoir réalisé une à deux missions à bord de l’ISS. »

La génération qui ira sur la Lune ?

Il faudra plusieurs années pour que cette nouvelle génération d’astronautes puisse accrocher de telles lignes à leur CV. « La formation dure environ deux ans avant qu’un astronaute soit qualifié pour un vol spatial, rappelle Guillaume Weerts. Certains ont l’opportunité de partir quasi tout de suite, mais en moyenne, il s’écoule quatre ans entre leur sélection et leur premier vol. »

C’est une autre qualité que Zineb Elormi aurait pu ajouter à la liste de celles demandées aux candidats : la patience. Mais le jeu en vaut la chandelle si on se penche sur les projets spatiaux que concoctent pour les années à venir les différentes agences spatiales. A commencer par la mission Artemis III, qui travaille au retour de l’homme sur la Lune, étape présentée comme intermédiaire pour préparer les premières missions habitées vers Mars. « Nous allons commencer cette année des pourparlers avec la Nasa pour qu’un siège soit réservé à un de nos astronautes à bord de cette mission. » Le décollage est annoncé pour 2024. Mais ce serait plus vraisemblablement 2026 voire 2028​. Pile poil donc pour la nouvelle génération d’astronautes de l’ESA ?  Thomas Pesquet a déjà fait savoir qu'il se battra lui aussi pour ce siège. Le Français reste bon esprit : « Allez postuler et rendez-vous à l’entraînement », conclut-il dans son message aux futurs candidats.

Les personnes ayant un handicap physique invitées aussi à postuler

En parallèle de cette campagne de recrutement d’une nouvelle génération d’astronautes, l’ESA invite aussi les personnes ayant un handicap physique à postuler pour participer à une étude de « faisabilité » sur l’accès des vols spatiaux aux « parastronautes ».