Comment l’Agence spatiale européenne recrute-t-elle ses astronautes ?

ESPACE La prochaine génération de spationautes s’envolera vers la station spatiale internationale, mais aussi vers la Lune, avec le programme américain d’installation d’une base permanente

Manon Aublanc

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Thomas Pesquet le 2 juin 2017 au Kazakhstan.
Thomas Pesquet le 2 juin 2017 au Kazakhstan. — SHAMIL ZHUMATOV / POOL / AFP
  • L’Agence spatiale européenne (ESA) va lancer mardi sa quatrième campagne de recrutement d’astronautes, visant un « changement générationnel ». Quatre à six candidats seront retenus à l’issue d’un processus d’un an et demi.
  • Lors de la précédente vague de recrutements en 2008, moins de dix avaient franchi la ligne d’arrivée sur plus de 8.000 aspirants, parmi lesquels Thomas Pesquet.
  • Cette vague de recrutement est une première depuis 11 ans pour l’ESA et ses 22 États membres, à l’heure où elle entre dans une « nouvelle ère de l’exploration spatiale ». 20 Minutes vous livre tous les secrets du recrutement des futurs astronautes européens.

Et si vous postuliez pour devenir spationautes ? L’Agence spatiale européenne (ESA) s’apprête à lancer sa quatrième campagne de recrutement, qui débutera fin mars, visant un « changement générationnel ». Cette vague de recrutement est une première depuis onze ans pour l’ESA et ses 22 États membres, à l’heure où elle entre dans une « nouvelle ère de l’exploration spatiale ».

Mais les places sont rares. En 2008, moins de dix aspirants sur 8.000 avaient franchi la ligne d’arrivée, dont le français Thomas Pesquet. Cette fois-ci, entre  quatre et six candidatures seront retenues à l’issue du processus, qui débutera le 31 mars. 20 Minutes vous livre tous les secrets du recrutement et des étapes à franchir.

Décortiquer la personnalité des candidats

Six épreuves attendent les candidates et candidats, âgés de préférence de 27 à 37 ans et issus des 22 pays membres de l’Agence spatiale européenne, créée en 1975. Première étape, un questionnaire d’une dizaine de pages. « On cherche à identifier la personnalité du candidat, son caractère, ses motivations, savoir ce qui le rend apte et "câblé" pour ce boulot », explique Jean-François Clervoy, ancien astronaute et spationaute à l’ESA. Environ 10 % passeront cette première étape, nécessaire pour faire le tri. La deuxième épreuve consiste à évaluer les aspects psychologique, psychotechnique et psychomoteur des candidats avec des tests de personnalité, de mémoire, de logique, de raisonnement ou de motricité. « C’est important qu’on vérifie que le candidat ait un "calage cérébral" adapté pour ce genre de job », ajoute Jean-François Clervoy.

Celles et ceux dont le profil paraît intéressant passent ensuite à la troisième épreuve devant un jury composé de psychologues, d’un responsable des ressources humaines de l’ESA et d’un astronaute. Au programme, des exercices de groupe et individuel. « Par exemple, on forme un groupe de cinq et on leur donne un problème à résoudre dans un temps donné. Le jury n’attend pas seulement la réponse au problème, il les observe réfléchir et se mettre d’accord. Ça nous permet de voir qui est leader, qui est suiveur, qui est force de proposition, qui attend que ça se passe », détaille le spationaute, membre du jury de l’ancienne campagne de recrutement.

L’intelligence émotionnelle, qualité primordiale

Pour la quatrième étape, la cinquantaine de candidats et de candidates toujours en lice passent des examens médicaux poussés pour vérifier leur vue, leur ouïe, la composition de leur sang, leurs intestins, leur fonctionnement cardiaque. « On va chercher des choses qu’on ne serait jamais allé chercher si ce n’était pas pour un vol spatial », précise Jean-François Clervoy. A ce stade, la moitié est déclarée inapte, le plus souvent pour des problèmes de vue ou cardiovasculaire. « Les 25 autres sont tous considérés parfaits pour le job, sur tous les points de vue », ajoute-t-il. Les cinquième et sixième épreuves sont des entretiens professionnels devant un jury, composé d’au moins un membre de la direction de l’ESA. « On ne cherche pas les meilleurs humains sur Terre, on cherche les meilleurs pour ce job », résume Jean-François Clervoy.

Si le niveau d’exigence pour travailler en orbite est élevé, certaines qualités sont primordiales, estime Philippe Perrin, ancien astronaute : « Aujourd’hui, ce qui est demandé, c’est l’intelligence émotionnelle. C’est la capacité de vivre et travailler en équipage, d’accepter les autres, de s’épauler. On est sur des vols de longue durée, on passe du temps ensemble dans un petit espace. Par exemple, Thomas Pesquet, c’est l’homme avec qui on a envie de partir en équipage. »

Pour Jean-François Clervoy, un bon candidat ou une bonne candidate doit être une personne extrêmement motivée, capable de travailler en équipe multiculturelle, calme dans une situation stressante, calée mentalement « avec un bagage académique, qu’il soit scientifique, technique ou opérationnel ». Elle doit également savoir verbaliser et parler clairement : « Elle doit savoir parler aux médias. Ce sont des ambassadeurs et ambassadrices de leur agence spatiale, de leur pays et, quelque part, de l’humanité », ajoute le spationaute.

Faire évoluer les profils

Pour ce « cru 2021 », l’agence européenne veut « initier un véritable changement générationnel » et diversifier ses profils. « A mon époque, on cherchait des gens qui avaient un métier très formaté, c’était toujours des pilotes de chasse ou des pilotes d’essai », raconte Philippe Perrin. Médecins, ingénieurs, mathématiciens, vulcanologue, biologiste… Désormais, tous les profils sont les bienvenus.

L’ESA « encourage vivement les femmes à postuler », afin de « renforcer la diversité de genre dans ses rangs ». Lors de la précédente campagne, seulement 16 % de femmes s’étaient portées candidates. « Je suis persuadé que le prochain astronaute sera une femme. Thomas Pesquet est exceptionnel. Il a mis la barre très haut. Pour lui faire concurrence, une femme serait la plus appropriée », espère Philippe Perrin.