Toulouse : Un chercheur a traqué des os de baleines... dans les Pyrénées

SCIENCES Selon un chercheur du laboratoire toulousain Traces, les hommes de la Préhistoire, considérés comme des chasseurs-cueilleurs, ont aussi exploité les ressources maritimes. La preuve, ces os de baleine retrouvés dans les Pyrénées

Julie Rimbert

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Exemples d’objets fabriqués en os de baleine retrouvés dans les collections archéologiques
du nord de l’Espagne. 1 : El Pendo (Cantabrie), 2 : Ermittia (Guipuscoa), 3 : Tito Bustillo (Asturies), a
et b: zoom sur la matière.
Exemples d’objets fabriqués en os de baleine retrouvés dans les collections archéologiques du nord de l’Espagne. 1 : El Pendo (Cantabrie), 2 : Ermittia (Guipuscoa), 3 : Tito Bustillo (Asturies), a et b: zoom sur la matière. — Alexandre Lefebvre
  • Alexandre Lefebvre, chercheur au laboratoire toulousain Traces, vient de publier un article sur l’exploitation des ressources maritimes par les hommes préhistoriques.
  • Spécialisé dans l’étude des objets fabriqués en matières osseuses, ce scientifique s’est intéressé aux premières économies littorales, en pistant des os de baleine.
  • Il a démontré les premières relations entre les humains et les cétacés pendant la Préhistoire, il y a environ 18.000 ans, grâce à des outils en os de baleine retrouvés dans les Pyrénées.

On n’imagine pas les hommes de la Préhistoire naviguant sur la mer. Considérés comme des chasseurs-cueilleurs, ils ont pourtant aussi exploité les ressources maritimes, comme les carcasses de baleines, échouées, pas pêchées. C’est ce qui ressort de l’étude d’Alexandre Lefebvre, chercheur en archéologie préhistorique associé au laboratoire Traces de Toulouse.

Spécialisé dans l’étude des objets fabriqués en matières osseuses, ce scientifique vient de publier un article sur ces découvertes dans la revue Quaternary Science Reviews. Il y démontre les premières relations entre les humains et les baleines pendant la Préhistoire, il y a environ 18.000 ans, grâce à des outils en os de baleine retrouvés, aussi étonnant que cela puisse être, dans les Pyrénées.

Circulation des outils dans les terres

L’objectif du chercheur était de savoir si l’usage des os de baleine comme matière première est un phénomène qui s’est limité au massif pyrénéen ou s’il s’est répandu dans l’ensemble des communautés atlantiques.

« Nous avons pisté la présence d’objets fabriqués en os de baleine dans les Cantabres, dans le nord de l’Espagne, où 54 objets ont été identifiés dans des collections anciennes et récentes, sur douze sites, explique Alexandre Lefebvre. Il s’agit des plus anciens objets fabriqués en os de baleine, principalement des armes, retrouvées dans la Péninsule Ibérique. On pensait que les chasseurs-cueilleurs préhistoriques exploitaient essentiellement des ressources terrestres mais on se rend compte de l’importance des ressources marines dans la subsistance de ces populations ».

Des réseaux de communication structurés

Ces objets ont ainsi circulé dans les Pyrénées, grâce à des réseaux de communication structurés autour du golfe de Gascogne. Ces découvertes relancent l’hypothèse d’une antériorité des premières économies littorales dans cette partie de l’Europe à la fin de la dernière glaciation. « On a constaté que ces armes en os de baleine ont circulé à l’intérieur des terres, entre le nord de l’Espagne et le sud-ouest de la France, dont certains en Haute-Garonne, à Lespugue et Gourdan », détaille Alexandre Lefebvre.

En remontant la piste de ces objets, les scientifiques en déduisent qu’ils ont circulé grâce à des réseaux de communication structurés de chaque côté des Pyrénées. Ils sont ainsi certains que des relations existaient entre les différents groupes de chasseurs-cueilleurs, sans savoir si cette relation est sociale ou seulement économique. Autre mystère qui subsiste : les hommes se sont-ils déplacés avec ces outils en os de baleine sur plusieurs générations ou ces objets ont-ils été échangés d’un groupe à un autre, façon préhistoire du troc ? « Hormis les outils en os, nous avons retrouvé des coquillages qui servaient de parures ou des restes de mammifères marins comme des phoques, un ensemble d’éléments qui montrent une intensification claire de ces ressources maritimes dans leur quotidien », souligne Alexandre Lefebvre.