L'increvable Curiosity fête ses 3.000 jours martiens, en attendant la « cousinade » avec Persévérance le mois prochain

MARS Huit ans et demi après son arrivée, le rover continue a sonder le sol martien, bientôt rejoint par Persévérance, qui devra découvrir s'il y a eu de la vie ou pas sur la Planète rouge

Béatrice Colin

— 

Un selfie du rover Curiosity pris au mois d'octobre sur la planète Mars, avec en toile de fond le mont Sharp.
Un selfie du rover Curiosity pris au mois d'octobre sur la planète Mars, avec en toile de fond le mont Sharp. — NASA / JPL
  • Ce mercredi, le rover Curiosity fête son 3.000e jour martien. Plus de huit ans après son atterrissage sur la Planète rouge, il continue à explorer son sol.
  • Dans un mois, il sera rejoint par un autre rover de la Nasa, Persévérance, dont les instruments ont pour mission de trouver des traces de vie antérieure.
  • Parmi les instruments, SuperCam, une version améliorée de ChemCam, qui contribuera à analyser les minéraux mais permettra aussi d’écouter souffler le vent à la surface de Mars grâce à un microphone.

Il y a huit ans et demi, lorsque le rover Curiosity posait ses roues sur la Planète rouge, ils étaient peu nombreux à se douter que ce mercredi, ce petit bijou de technologie de la Nasa continuerait à arpenter le cratère Gale à l’occasion de son 3.000e jour martien. Pourtant, malgré de la casse, des pneus usés, il continue à se balader sur le sol rocheux, à la recherche de nouveaux indices et de signes d’une éventuelle vie.

« Nous avons fait de très belles découvertes, la plus grande a été celle de l’habitabilité de Mars. Pendant longtemps, nous cochions la case de l’eau sur Mars. Là, nous savons que l’eau a rendu la planète habitable. Curiosity continue à avancer sur cette habitabilité, à quelle époque l’était-elle, comment elle est arrivée, comment elle est partie. Pour cela il faut remonter les strates, c’est un livre ouvert de géologie, plus on remonte plus on va vers des temps récents », explique Sylvestre Maurice, le « père » de la ChemCam, l’un des instruments ultra-sophistiqués de Curiosity.

Persévérance, à la recherche de la vie martienne

Cet astrophysicien de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Univ. Toulouse, CNRS, CNES) a mis au point à Toulouse cette caméra laser qui a tiré à plus de 830.000 reprises sur la surface, afin de pulvériser la roche pour mieux en comprendre sa composition. « De temps en temps, il y a de grandes découvertes, comme les veines de calcium, de sulfate de calcium, et puis de temps en temps il y a des découvertes plus de spécialistes, sur les mécanismes d’évaporation de l’eau ou bien combien de temps l’eau est restée à la surface, comment elle a transformé la roche en argile. On a 250 publications, c’est beaucoup et nous en avons encore de nombreuses devant nous », poursuit celui qui a désormais les yeux tournés vers un autre projet.

Dans un peu plus d’un mois, le 18 février, un nouveau rover va poser ses roues sur Mars. Au terme d’une descente de sept minutes, Persévérance atterrira sur le sol martien avec la mission de découvrir si, un jour, cette Planète a abrité de la vie. Et pour le découvrir, les ingénieurs de la Nasa seront à nouveau épaulés par des Toulousains, qui à distance et une semaine sur deux en alternance avec Los Alamos (Nouveau-Mexique), géreront la SuperCam.

En plus du laser infrarouge, qui chauffe à 8.000°C la roche et équipe déjà la ChemCam, un second laser a été ajouté ainsi qu’un spectroscope à infrarouge. Autant d’instruments qui pourront donner des informations sur la minéralogie. « On aura à la fois la chimie, les atomes, et comment ils sont associés ente eux, la molécule. Nous allons pouvoir aller vers des signatures qui ont potentiellement une nature biologique. On sait un peu ce que l’on cherche, la vie c’est sur la base de la chimie du carbone, de la chimie organique », espère Sylvestre Maurice.

Sonder et écouter Mars

Des analyses qui seront faites sur place, près du site d’atterrissage où se trouve le delta d’un lac asséché et des traces qui laissent penser qu’il s’est rempli et vidé à deux reprises. Avec au fond, des dépôts de sédiments, les plus à même de préserver des traces de vie. Mais comme deux analyses valent mieux qu’une, en plus de celle réalisées par les instruments de Persévérance sur place, des échantillons vont être choisis, collectés, emballés et déposés au bord du chemin pour repartir sur le plancher des vaches dans cinq ans. Ces 40 échantillons de moins d’un kilo récupérés en 2026 lors d’une seconde mission devraient arriver sur Terre en 2031.

En attendant de voir si des bactéries se sont un jour développées sur Mars, les scientifiques pourront d’ici peu écouter ce qui s’y passe. Grâce à son sismomètre, la sonde InSight nous avait déjà permis d’entendre les vibrations causées par le vent. Cette année, Persévérance nous fera écouter le son des rafales grâce au microphone installé sur SuperCam. Ce sera le premier sur Mars.