Lyon : Quand deux passionnés scrutent au télescope Mars dans les moindres détails

ASTRONOMIE La période actuelle, dans laquelle Mars est la plus proche de la Terre, est propice à l’observation de la « planète rouge »

Caroline Girardon

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Profitant de la période idéale, deux passionnés d'astronomie observent Mars depuis la fin novembre.
Profitant de la période idéale, deux passionnés d'astronomie observent Mars depuis la fin novembre. — Clément Brustel
  • La période actuelle, dans laquelle Mars est la plus proche de la Terre, offre des conditions favorables à l’observation de la « planète rouge ».
  • Deux scientifiques de Lyon la scrutent depuis deux semaines avec un petit télescope pour en tirer toute une série de photos de haute résolution.
  • Bientôt, Mars ne sera plus visible. Il faudra patienter deux ans pour la revoir.

Il reste encore quelques semaines pour bien l’observer. Après, il faudra patienter deux ans pour la revoir. Profitant de la période idéale, deux passionnés d’astronomie de Lyon scrutent depuis deux semaines la planète Mars avec leur « petit télescope ». Pour en tirer toute une série de photos détaillées et particulièrement précises.

« Avec les images de très haute résolution prises par les sondes en orbite, on est capable de voir les cailloux à la surface alors que nous trouvons à des millions de kilomètres de Mars. On pourrait également voir une voiture ou une personne si c’était le cas », sourit Clément Brustel, 32 ans, qui étudie la géologie martienne et qui s’apprête à finaliser son doctorat.

Depuis la fin du mois de novembre, l’homme scrute régulièrement la « planète rouge » en compagnie de sa complice Lucia Mandon. Tous deux travaillent au laboratoire de géologie de Lyon dans l'équipe de planétologie e-planets. Lui cherche à comprendre comment les premières roches se sont formées sur Mars. Elle, bûche pour savoir si un océan existait sur la planète, il y a des milliards d’années.

Des images du mont Olympe, deux fois plus grand que l'Everest

La période est idéale pour observer Mars, explique Clément : « Elle est au près plus proche de la Terre ». Et quand toutes les conditions sont réunies (pas de vent, pas de nuage et une atmosphère très calme), le duo savoure ces moments. « On voulait montrer ce que l’on pouvait faire et obtenir avec un télescope amateur », précise le jeune homme.

Dernièrement, ils ont pu capturer des images du mont Olympe, deux fois plus grand que l’Everest et qui constitue le point culminant de Mars. Et même la plus grande montagne de tout le système solaire. Ils ont aussi photographié le canyon « Valles Marineris » de la taille des Etats-Unis. Ils ont aussi suivi l’évolution d’une tempête de poussière. Un phénomène courant sur Mars. 

Tempête de poussière

« En 2018, on avait assisté à la même chose. Toute la planète était devenue opaque. On ne voyait plus rien du tout à la fin car Mars était entièrement recouverte de poussière », se remémore Clément Brustel. La période actuelle, appelée l'« été sud » et au cours de laquelle la calotte polaire sud est constamment dans la lumière, est d’ailleurs propice aux tempêtes de poussière.

« Pendant cette saison, les températures augmentent énormément. Cela va créer des différences de températures entre le pôle Sud froid et le reste de la planète inhabituellement chaud. Des vents violents vont soulever les poussières et créer ces tempêtes de poussières », explique le chercheur, conscient que Mars n’a pas encore livré tous ses secrets.

« Aujourd’hui, il y fait très froid, environ -60 °C, poursuit celui qui a bricolé ses premiers télescopes à l’âge de 15 ans. Le climat est particulièrement inhospitalier. La surface est constituée d’un immense désert sec et poussiéreux. Mais surtout, il n’y a plus d’air. La pression est de 0,6 % par rapport à l’atmosphère terrestre ». Et pourtant, Mars n’a pas toujours été telle qu’elle.

« Petit à petit, l’activité géologique a été réduite. La planète a perdu son atmosphère et l’eau a disparu. Mais il y a des milliards d’années, la planète était très active sur le plan volcanique. Il y avait beaucoup d’eau liquide, des rivières, des lacs. Il y faisait chaud », révèle le scientifique. De là à imaginer que ces conditions aient pu favoriser l’apparition de la vie ? « Trouver la réponse est le Graal de toute la recherche martienne », conclut Clément en souriant.