Espace : C’est le Noël de l’astronomie, le satellite Gaia livre son nouveau (et vertigineux) catalogue d’étoiles

FASCINANT L’Agence spatiale européenne vient de mettre en ligne le nouveau catalogue d’étoiles de son satellite Gaia. Les livraisons de plus en plus précises et complètes de ce baroudeur de la galaxie fascinent dans le monde entier

Hélène Ménal

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Vue d'artiste du télescope Gaïa face à la Voie lactée.
Vue d'artiste du télescope Gaïa face à la Voie lactée. — ESA
  • Le satellite Gaia est un télescope spatial de précision qui écume la Voie lactée en ingurgitant images et information sur le moindre objet céleste croisé sur sa route.
  • L’Agence spatiale européenne vient de mettre en ligne son dernier catalogue d’étoiles.
  • Il recense et cartographie 1,8 milliard de planètes, étoiles ou encore astéroïdes. Un voyage galactique accessible aussi au grand public.

Qu’ils soient professionnels ou amateurs, pour les astronomes du monde entier, Noël, c’était ce jeudi 3 décembre à midi. Quand l'Agence spatiale Européenne (ESA) a mis en ligne les toutes  dernières données de son satellite paparazzi Gaia.

Lancé en 2013, ce télescope spatial à la précision inégalée arpente les confins de la galaxie. Inlassablement, il détecte et photographie « tout ce qui passe sous ses miroirs », la moindre étoile, le moindre astéroïde. Il traquera même bientôt grâce à son talent de déduction les exoplanètes. Avec pour la plupart des objets célestes croisés, une collecte de données inédites sur leur vitesse, leurs mouvements, leur luminosité mais aussi les distances entre eux et par rapport à la Terre. « Gaia dresse des cartes du ciel, très, très précises et en 3D, il permet de mettre un nom sur la moindre étoile que vous voyez quand vous levez les yeux au ciel et sur celles que vous ne voyez pas », résume Philippe Laudet, astrophysicien au Cnes.

Un bond incroyable dans la connaissance de l’univers

Le catalogue d’étoiles dévoilé ce jeudi – nom de code EDR 3 pour early data release 3 – est la première partie de la Saison 3 de cet incroyable feuilleton galactique Il comprend 1,8 milliard d’objets célestes documentés. Quand les plus grands manipulateurs de sextant de l’Antiquité n’en cartographiaient qu’un millier et que dans les années quatre-vingt, on n’en connaissait encore que 100.000. « Et encore, pour avoir une idée du vertige, c’est 1,8 milliard d’étoiles seulement sur les 300 milliards que compte notre galaxie, la Voie lactée », s’amuse Philippe Laudet. Sachant qu’Andromède, la galaxie géante voisine, que Gaia peut aussi voir, en abrite 1.000 milliards et qu’il y a au moins 54 galaxies dans l’univers…

La fascination qu’exerce chaque sortie d’un nouveau catalogue de Gaia (DR1 en 2016, DR2 en 2018, DR3 version complète en 2022…), qui a la particularité rare dans le monde scientifique d’être en open data, est mondiale. Jeudi après-midi, la plateforme enregistrait des pics de plusieurs milliers de téléchargements par minute. Parmi ces connectés de la première heure, les scientifiques évidemment. Ceux qui par exemple grâce à Gaia ont déterminé que notre galaxie en a phagocyté une autre plus petite il y a 9 milliards d’années et qui continuent grâce aux 1.5 téraoctets d’informations transmis par le satellite à étudier l’expansion de l’univers.

Un voyage interactif à la portée de tous

Mais l’incroyable encyclopédie céleste est aussi à portée de clic pour nous, Terriens lambda. Il existe un logiciel, Gaia Sky, dont le téléchargement est gratuit. « Il permet de se promener de manière interactive dans la Voie lactée, comme si on était aux commandes d’un vaisseau spatial, assure Clément Hottier, post-doctorant à l’Observatoire de Paris. Avec les lunettes adaptées, on peut même passer en mode réalité virtuelle ». Et croiser les planètes de notre système solaire, puis des étoiles plus lointaines, les unes matures et jaune comme notre Soleil, les autres jeunettes et massives, bien bleues.

Le satellite Gaia a livré une cartographie inédite de la Voie Lactée
Le satellite Gaia a livré une cartographie inédite de la Voie Lactée - ESA/Gaia/DPAC

Les téraoctets n’ont pas fini de tomber du ciel. Le programme Gaïa vient d’être prolongé jusqu’en 2025. Et les équipements du baroudeur de la Voie lactée pourraient résister encore une petite décennie.