Mars : Pourquoi la découverte de plusieurs lacs souterrains d’eau salée est extraordinaire

DECOUVERTE Grâce à des méthodes habituellement réservées aux lacs glacés souterrains présents en Antarctique et au Groenland, des chercheurs ont découvert des étendues d’eau sous la surface de Mars

Manon Aublanc

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La planète Mars en 2001, vue par le télescope Hubble.
La planète Mars en 2001, vue par le télescope Hubble. — N.A.S.A./SIPA
  • Une équipe de chercheurs italiens a découvert quatre lacs d’eau salée sous la surface du pôle Sud de Mars.
  • Les scientifiques avaient déjà révélé la présence du plus grand des lacs en 2018, mais son existence avait été remise en cause par la communauté scientifique, faute de données suffisantes.
  • Selon Léa Griton, docteure en astrophysique, chercheure à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP/CNRS), cette découverte est un « pas de plus vers la preuve de la vie sur Mars ».

Une trouvaille « extraordinaire ». Deux ans après la découverte d’un lac souterrain sur Mars, des scientifiques italiens ont confirmé son existence, mais ils ont aussi repéré trois autres poches d’eau, ont-ils révélé dans une étude publiée dans la revue Nature Astronomy, ce lundi.

Combien de lacs existent-ils sur Mars ? Pourquoi cette découverte est-elle majeure ? Que cherchent exactement les scientifiques ? 20 Minutes fait le point.

  • Qu’ont découvert les scientifiques ?

En 2018, des chercheurs de l’Université de Rome III avaient annoncé avoir découvert un lac d’eau salée sous la glace au pôle Sud de Mars, dans une région appelée Planum Australe. Si cette annonce semblait prometteuse, elle avait pourtant été accueillie avec scepticisme au sein la communauté scientifique internationale. En cause : le faible nombre de données sur lesquelles s’appuyaient les chercheurs pour étayer cette affirmation – 29 observations entre 2012 à 2015. « A l’époque, on avait considéré qu’il n’y avait pas assez de mesures pour être certains de cette découverte », explique Léa Griton, docteure en astrophysique, chercheuse à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP/CNRS), à 20 Minutes.

Mais aujourd’hui, les scientifiques italiens pourraient bien finir par convaincre leurs confrères. « L’équipe a collecté davantage de données. Non seulement, ils ont retrouvé le lac découvert il y a deux ans, mais en plus, ils ont repéré trois autres lacs », détaille Léa Griton. Menée par Sebastian Emanuel Lauro, chercheur à l’Université de Rome III, l’équipe s’est appuyée sur les données de l’orbiteur européen Mars Express, ainsi que 134 observations supplémentaires réalisées de 2012 à 2019.

  • Comment les données sont-elles récoltées ?

Si aucun homme n’a encore posé le pied sur la planète rouge, comment les scientifiques sont-ils parvenus à identifier ces étendues d’eau ? L’équipe a utilisé un instrument radar appelé Mars Advanced Radar for Subsurface and Ionosphere Sounding (Marsis), pour sonder la région polaire sud de la planète. « Avec ce système de détection par radar, on envoie des ondes qui rebondissent sur Mars. En fonction de comment ces ondes sont réfléchies, on peut identifier le type de matériaux, que ce soit de l’eau, de la glace ou de la roche », indique l’astrophysicienne française, qui précise que cette technique est déjà utilisée sur Terre pour identifier les lacs glaciaires souterrains.

Et bingo, les scientifiques italiens ont détecté des zones de haute réflexivité qui montrent la présence de masses d’eau liquide emprisonnées sous plus d’un kilomètre de glace. Selon les planétologues, ces quatre lacs se situent à 1,5 kilomètre sous la surface de Mars. Le plus grand, découvert en 2018, mesure 30 kilomètres de diamètre. Les trois autres font chacun quelques kilomètres de large. Selon eux, si l’eau ne gèle pas, c’est grâce à sa très forte salinité. En d’autres termes, il s’agirait de lacs d’eau salée.

  • Pourquoi s’agit-il d’une découverte « extraordinaire » ?

Selon la chercheuse Léa Griton, cette découverte est un premier pas vers la preuve d’une vie sur Mars. « On sait que l’eau est un ingrédient clé, essentiel de la vie. Si on trouve de l’eau sous forme liquide, ça veut dire que potentiellement il y a pu avoir de la vie sur Mars. Et ça c’est extraordinaire. » Pour la spécialiste, cette étude pourrait également permettre à la communauté scientifique d’avancer sur les recherches concernant d’autres planètes que Mars : « L’eau est un ingrédient clé, mais ce n’est pas tout. Une fois que l’on a trouvé de l’eau, on peut s’occuper des autres facteurs qui permettent, ou pas, la vie sur les autres planètes du système solaire, mais aussi sur les autres exoplanètes. »

Et l’aventure n’est pas finie. En juin, la Nasa, l’agence spatiale américaine, a envoyé dans l’espace un robot, nommé Perseverance, qui devrait se poser sur Mars en février 2021. L’objectif ? Explorer la planète rouge et y chercher des traces de vie. « Il va collecter des échantillons qu’il va déposer à un autre endroit sur Mars, plus facile d’accès. Une autre mission viendra ensuite chercher ces échantillons pour les rapporter sur Terre dans des laboratoires qui vont les analyser et y chercher des traces de vie », poursuit Léa Griton qui espère que les résultats « motiveront des missions spatiales encore plus ambitieuses ».