Le satellite Svom va bientôt capter les messages venus du fin fond de l’Univers

ESPACE Deux instruments qui embarqueront au sein du satellite Svom, dont le lancement est prévu pour juin 2022, sont en cours de construction au CNES de Toulouse

Béatrice Colin

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Le satellite SVOM  va scruter les sursauts Gamma à compter de 2022.
Le satellite SVOM va scruter les sursauts Gamma à compter de 2022. — © CNES/ill./SATTLER Oliver, 2015
  • En 2022, un satellite franco-chinois sera mis en orbite à 600 km autour de la Terre.
  • Grâce à ses instruments, il pourra détecter les sursauts gamma, ces phénomènes qui résultent de l’explosion d’étoiles massives.
  • Une observation qui permettra de capter les messages venus du fin fond de l’Univers et nous en apprendra plus sur sa jeunesse.

Regarder ce qui se passe aux confins de l'Univers, c’est regarder vers le passé et le fameux Big Bang. Mais difficile d’y voir clair dans le long tunnel sombre qui mène à nos lointaines origines, il y a plus de 13,6 milliards d’années, à quelques millions de siècles près. D’ici deux ans, les astronomes auront pourtant une chance de plus d’améliorer les connaissances sur la jeunesse de notre univers grâce à Svom.

Derrière cet acronyme se cache un projet de satellite sino-français, qui, en juin 2022, mettra en orbite à 600 km autour de la Terre ce qui se fait de mieux en matière d’instruments pour observer les sursauts Gamma. « Ce sont les explosions atomiques quand un astre plus gros que notre soleil arrive en fin de vie et meure. Il y a alors durant quelques dizaines de secondes un grand flash et une énergie considérable dégagée. Ce sont ces flashs que l’on veut détecter et observer. Il s’en produit environ un par jour, mais on ne les voit pas tous », explique François Gonzalez, chef de projet  Svom au CNES. Un phénomène qui se produit aussi lorsque deux étoiles à neutrons fusionnent ou une étoile à neutrons et un trou noir.

Grâce au télescope à grand champ ECLAIRs, un des deux instruments en cours de développement au centre spatial de Toulouse qui permet d’observer un sixième de la voûte céleste, ces flashs ne passeront plus inaperçus. Dès qu’un de ces sursauts sera détecté, l’ensemble du satellite se tournera alors pour l’observer grâce à ses autres instruments.

Et l’info transmise au sol permettra à deux grands télescopes d’enregistrer tout un tas d’informations sur ce qui se passe après l’explosion. « La lumière a voyagé durant plusieurs milliards d’années pour parvenir jusqu’ici, si l’on parvient à observer une étoile qui se trouve très loin, on va pouvoir remonter le temps, à l’époque de la constitution de l’Univers. Avec Svom, nous nous attendons à voir entre 60 à 70 sursauts gamma par an », poursuit Jean-Luc Atteia, responsable scientifique de la mission et membre de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse.

Scruter aussi les ondes gravitationnelles

Tout un tas d’astronomes amateurs, réunis au sein du réseau Grandma, pourront aussi participer à l’observation de ces sursauts. Equipés de leurs télescopes de plus de 20 cm de diamètre, ils pourront les pointer sur la zone identifiée par Svom. « Les alertes envoyées au sol seront distribuées dans le monde entier et tous ceux connectés pour y avoir accès et observer ces sursauts durant quelques secondes ou quelques heures selon leur télescope », poursuit François Gonzalez.

Et entre deux sursauts, le satellite pourra se concentrer sur d’autres missions. Notamment sur l’observation des ondes gravitationnelles. Une fois détectés par les capteurs au sol, ces secousses de l’espace-temps nées de la fusion de deux trous noirs.

« Svom va ainsi nous donner des informations sur l’histoire de la naissance des trous noirs au début de l’Univers et comment cette population de trous noirs a évolué dans le temps. Cette mission nous donne la capacité d’aller cherche une aiguille dans une botte de foin », assure Jean-Luc Atteia.

Les équipes du Cnes et de l'Irap en train de travailler sur l'un des instruments du futur satellite Svom.
Les équipes du Cnes et de l'Irap en train de travailler sur l'un des instruments du futur satellite Svom. - © CNES/TRONQUART Nicolas

Ce qui n’a rien d’anodin au niveau scientifique, ni diplomatique. Cette coopération franco-chinoise autour de ce projet date de 2006 et a bien failli ne pas voir le jour après une pause au début des années 2010. Un projet à 110 millions d’euros, hors main-d’œuvre, qui doit aussi composer avec la préservation de certains secrets industriels que chacune des nations veut conserver.

Après avoir pris quelques mois de retard avec le confinement, le projet arrive désormais dans la dernière ligne droite et la phase d’intégration et de tests des instruments du CNES devrait s’achever au cours de l’année prochaine avant de partir pour la Chine en octobre 2021.