Aude : Des tombes monumentales vieilles de 4.000 ans retrouvées sous un futur centre commercial

ARCHEOLOGIE Trois tombes monumentales datées d’environ 4.000 ans ont été découvertes à Capendu, près de Carcassonne, sur le site d’un futur centre commercial

Nicolas Stival

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Des tombes monumentales du début de l'âge de Bronze ancien ont été retrouvées à Capendu, près de Carcassonne.
Des tombes monumentales du début de l'âge de Bronze ancien ont été retrouvées à Capendu, près de Carcassonne. — Pascal Druelle / Inrap
  • Les archéologues de l’Inrap, spécialistes de l’archéologie préventive, ont retrouvé trois tombes vieilles de près de 4.000 ans à Capendu, dans l’Aude, sur un site qui accueillera bientôt un centre commercial.
  • Des restes humains ont été extraits de cette partie d’une plus vaste nécropole, ainsi que des parures typiques de la culture campaniforme, qui n’avaient pas encore été mises au jour dans cette région.

Depuis la semaine dernière, un centre commercial sort de terre à l’est de Capendu, près de Carcassonne. Les clients qui y achèteront bientôt leurs yaourts et leurs chips marcheront sur les restes d’une très vieille nécropole. Avant de laisser la place aux grues, les archéologues de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) ont retrouvé sur le site audois trois tombes monumentales vieilles de près de 4.000 ans.

Une vue aérienne du chantier de fouilles de Capendu, près de Carcassonne.
Une vue aérienne du chantier de fouilles de Capendu, près de Carcassonne. - Pascal Druelle / Inrap

Deux autres avaient été déjà découvertes dès 2008 sur un terrain limitrophe, lors d’un précédent diagnostic de l’Inrap, mais elles n’avaient pas livré autant d’indices. « Elles datent du début du bronze ancien, entre -2.000 et -1.800 avant notre ère, détaille Romain Marsac, responsable scientifique du chantier pour l’Inrap, dont la mission est justement de fouiller des sites en amont de travaux d’aménagement. Elles forment un bel ensemble funéraire. On a trouvé des parures en os et en coquillage qui sont typiques de cette période. »

Unique dans la région

Cette découverte est d’autant plus précieuse qu’elle est unique dans la région. Si la terre de l’Aude avait déjà restitué des témoignages du Néolithique moyen (vers -4.000), elle retenait jusqu’à cet été les vestiges de la culture campaniforme, auxquels appartient le site de Capendu, vaste de 3.500 mètres carrés.

Sur les trois monuments étudiés cet été, l’un, situé seulement à 50 cm sous le sol actuel, a été très abîmé par les travaux agricoles modernes. Les deux autres, plus profonds (jusqu’à un mètre), se présentent sous la forme d’enclos circulaires d’un diamètre de 12 à 15 m, avec des murs d’un mètre de large constitué d’une superposition de grès et de galets.

Un pendeloque en coquillage retrouvé sur le chantier de fouilles de Capendu, près de Carcassonne.
Un pendeloque en coquillage retrouvé sur le chantier de fouilles de Capendu, près de Carcassonne. - Pascal Druelle / Inrap

Au centre de chaque enclos : une tombe en coffre, avec de grandes dalles de grès. L’une d’entre elles a livré des restes humains et des parures. « Les tombes ont certainement été pillées très anciennement, reprend Romain Marsac. Il y avait sûrement des objets précieux en bronze à l’intérieur. » Comme l’ensemble monumental ne devait pas passer inaperçu et que le bouche-à-oreille est vieux comme la parole, quelques indélicats se sont servis, il y a très, très longtemps.

Mais ils ont laissé juste assez d’indices pour que les archéologues contemporains puissent dater la nécropole. Le crâne d’une femme adulte, une mandibule d’enfant, quelques fragments d’os longs (d’avant-bras ?) et des phalanges, tous rassemblés dans la même tombe, ont traversé le temps, de même que quelques fragments de céramique. Ils font l’objet d’études approfondies dans les laboratoires de l’Inrap. Le site en lui-même disparaît peu à peu sous le nouveau supermarché.