Mission Hera : « L’idée est d’offrir une assurance vie à l’humanité » en apprenant à dévier les astéroïdes

INTERVIEW L'astrophysicien azuréen Patrick Michel explique à « 20 Minutes » le but de cette mission destinée à protéger la Terre de cette menace venue de l’espace

Propos recueillis par Fabien Binacchi

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La mission Hera et ses trois satellites doivent apprendre à dévier efficacement un astéroïde
La mission Hera et ses trois satellites doivent apprendre à dévier efficacement un astéroïde — Esa
  • En 2024, trois satellites de la mission européenne Hera iront analyser un astéroïde qui aura été frappé par un engin de la Nasa.
  • Le but de l’opération est de mettre au point des moyens de défense pour dévier leur trajectoire et protéger la Terre.
  • Le responsable scientifique de la mission, l’astrophysicien français Patrick Michel, détaille ses attentes.
L'astrophysicien Patrick Michel

C’est la menace naturelle la moins probable qui pèse sur la Terre mais c’est aussi la seule… que l’on peut prévoir. Prévoir, mais pas encore éviter. Apprendre à dévier la course d’un astéroïde, qui filerait tout droit vers la Planète bleue, c’est justement tout l’objet de la mission « Hera » que l’Agence spatiale européenne (Esa) a validé mardi.

Un contrat de construction de trois satellites à 130 millions d’euros a été signé. « Cela fait quinze ans que l’on travaille au montage de ce projet. Et on entre dans sa phase vraiment active », explique Ian Carnelli, responsable de la mission pour l’Esa.

Et c’est l’astrophysicien Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS, à l’observatoire de la Côte d’Azur, qui a pris les rênes scientifiques de cette épopée.

En quoi consiste cette mission ?

Nous avons travaillé pendant des années à tenter de déterminer, en labo, quels moyens seraient nécessaires pour changer la trajectoire d’un astéroïde. L’idée est d’analyser cela directement dans l’espace. Et pour ça, la mission européenne Hera s’appuiera sur celle de la Nasa baptisée Dart. Lancé fin 2021, leur satellite viendra au contact d’un astéroïde double, qui représente 15 % de tous les astéroïdes. Il frappera Dimorphos, la « lune » de Didymos pour la dévier. C’est ce que l’on appelle un impacteur cinétique. Les trois satellites d’Hera, lancés en 2024, arriveront sur la scène de crime trois ans plus tard pour l’analyser.

Pourquoi est-ce Dimorphos qui a été choisi ?

Parce qu’au moment de l’impact, il sera très proche de la Terre, à 15 millions de kilomètres et que l’on pourra déjà commencer nos calculs avec des télescopes.

Qu’espère-t-on trouver ?

A terme, cela doit nous permettra de créer des dispositifs validés de défense à utiliser en cas de menace. Et pour ça, on doit tout savoir de ces corps. On verra comment le choc a modifié son orbite. Quels sont les dégâts. Un des satellites doit également faire un sondage radar de l’intérieur de l’astéroïde. Ce sera totalement inédit.

La menace est donc réelle ?

Les dinosaures pourraient en témoigner. Aujourd’hui, nous savons prédire les trajectoires des astéroïdes pour les 50, voire les 100 ans à venir. S’il n’y a aucun risque identifié pour cette période-là, rien ne dit que ce ne sera pas le cas plus tard. Le montage de cette mission a été compliqué. Les financements ont été difficiles à boucler mais, au final, 300 millions d’euros, ce n’est pas vraiment cher payé pour une assurance-vie pour toute l’humanité.