Haute-Garonne : C'est quoi cette (grosse) dent humaine découverte dans une grotte ?

ARCHEOLOGIE Une dent humaine vient d’être exhumée au sud-ouest de Toulouse, dans une grotte aux merveilles dans laquelle les archéologues n’avaient pas gratté depuis près de soixante ans

Hélène Ménal

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La fameuse dent humaine remontant à l'homme de Néandertal, retrouvée dans les grottes de Montmaurin, en Haute-Garonne, le 11 août 2020.
La fameuse dent humaine remontant à l'homme de Néandertal, retrouvée dans les grottes de Montmaurin, en Haute-Garonne, le 11 août 2020. — Musée national d'histoire naturelle
  • Une dent humaine remontant au Néandertalien a été retrouvée le 11 août au pied des Pyrénées haut-garonnaises par une équipe de scientifiques.
  • Elle se trouvait dans le massif de Montmaurin, très riche en vestiges préhistoriques mais délaissé depuis des décennies par les archéologues.
  • Cette incisive, dont la racine est intacte, est loin d’avoir livré tous ses secrets.

« La découverte d’un reste humain est toujours une bonne nouvelle ». Dit comme ça, concernant qui plus est une trouvaille faite dans la peu engageante grotte de Coupe-Gorge, l’affirmation a de quoi donner la chair de poule. Mais dans la bouche d'Amélie Vialet, maître de conférences en paléoanthropologie, elle devient « enthousiasmante ».

Le fossile en question est en fait une dent, bien jaune, dont la longueur de la racine est spectaculaire. Elle a été mise au jour le 11 août dans le massif calcaire de Montmaurin, au sud-ouest de Toulouse. Ce coin du piémont des Pyrénées bénéficie d’une renommée archéologique mondiale depuis que la Vénus de Lespugue, la star indiscutable du Musée de l’Homme, y a été déterrée en 1922 – dans un abri tout proche de la grotte de Coupe-Gorge d’ailleurs – et qu’une mandibule humaine y a été retrouvée en 1949.

La « main heureuse d’un géologue »

Il faut dire que ce petit promontoire calcaire à la confluence de deux rivières poissonneuses, à l’abri de la submersion et au pied d’une steppe foulée en leurs temps par les mammouths, loups ou hyènes, était un « un carrefour de biotopes » dit la chercheuse, un vrai « spot » sur les routes des pérégrinations de nos ancêtres nomades.

Il s'agit d'une incisive inférieure appartenant à un adulte.

Fouillé jusqu’au détour des années soixante, le site offre sur sept mètres de haut des strates où les restes humains ou animaux, les silex taillés, dressent un panorama de la vie quotidienne sur des centaines de milliers d’années. Les archéologues s’en sont pourtant détournés, aimantés par d’autres découvertes plus lointaines. Jusqu’à ce mois d’août donc et l’arrivée d’une équipe de scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, armée « de pinceaux, d’outils de dentiste » et emmenée par Amélie Vialet.

Avec en guise de cadeau de bienvenue, cette dent exhumée dès les premiers jours par un « géologue à la main heureuse » qui ne se livrait qu’à « un rafraîchissement de coupe » avant le démarrage des fouilles elles-mêmes prévues sur 4 m2 seulement.

Drôle d’endroit pour laisser une dent

Alors que dire de cette « incisive inférieure gauche appartenant à un individu adulte » ? Avant une datation plus précise grâce aux techniques modernes, « la strate où elle a été trouvée permet de dire qu’il s’agit d’une dent néandertalienne, remontant approximativement à 70.000 ans », explique la scientifique. La dent « est primitive, usée et abrasée sur le haut ». Ce qui correspond bien à l’homme de Néandertal qui maltraitait ses dents en s’en servant à peu près pour tout, y compris « pour tanner le cuir ».

Le plus grand mystère reste la présence de l’incisive sur un site qui n’est a priori pas funéraire. Sa racine intacte laisse penser qu’elle n’a pas cassé dans un accident de gueuleton ou lors d’un choc. « Plutôt qu’elle a été amenée là après la mort de son propriétaire », suggère Amélie Vialet. Ramenait-on une dent de ses proches sur les lieux où ils avaient fait ripaille ? « ça demeure très obscur », reconnaît la chercheuse. Il reste encore deux étés de fouilles dans la grotte de Coupe-Gorge qui recèle probablement d’autres trésors scientifiques et d’autres énigmes.