Climat : Comment les records du monde de température sont-ils homologués ?

CHAUD DEVANT L’une des températures les plus élevées jamais relevées sur Terre a été mesurée dimanche aux Etats-Unis

Lucie Bras

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Des touristes se font prendre en photo à côté du célèbre thermomètre de Furnace Creek, dans la Vallée de la mort aux Etats-Unis, l'un de endroits les plus hostile de la planète.
Des touristes se font prendre en photo à côté du célèbre thermomètre de Furnace Creek, dans la Vallée de la mort aux Etats-Unis, l'un de endroits les plus hostile de la planète. — Richard Brian/AP/SIPA
  • La température a grimpé dimanche jusqu’à 54,4°C dans la Vallée de la mort aux Etats-Unis, selon les services météorologiques américains, l’une des valeurs les plus importantes jamais mesurées.
  • Quand une station mesure une température extrême, c’est tout un processus de vérification qui se met en place.
  • C’est à la charge de l’Organisation météorologique mondiale, qui dépend de l’ONU, de certifier ces records.

Il a fait très, très chaud dans la Vallée de la mort aux Etats-Unis. Le mercure a atteint 54,4 degrés Celsius, une valeur proche du record du monde. Mais comment et par qui sont validés ces records ? Sachez qu’il existe tout un processus pour vérifier ces températures extrêmes, et ça ne rigole pas. Plongée dans l’organisation très rigoureuse de la météorologie mondiale.

Comment ça se passe quand une température extrême est relevée dans le monde ?

Première étape : la vérification. « Lorsqu’un phénomène météorologique extrême se produit, nous testons d’abord l’équipement qui l’a mesuré », affirme Dan Berc, météorologue au bureau météorologique de Las Vegas. Les équipes sur place testent les sondes et regardent les données correspondantes pour déterminer si la valeur est correcte, ou si c’est une anomalie. Ce travail doit d’ailleurs être réalisé sur le thermomètre de Furnace Creek dans la Vallée de la mort « dès que possible », a confirmé le météorologue.

Si les équipements sont jugés fonctionnels, alors « un comité des extrêmes climatiques est convoqué pour valider l’observation. Si elle est jugée conforme, cette température deviendra une donnée ». Ce processus peut prendre plusieurs mois. Après cette homologation, le record, si c’en est un, doit être validé par un organisme supérieur : l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Cet organe, qui dépend de l’ONU, sert de référence dans le monde entier sur les questions de météo, de climat et d’eau.

Le rapporteur de l’OMM sur les extrêmes météorologiques et climatiques, Randall Cerveny, a d’ailleurs déjà fait une déclaration à propos du possible record mesuré dans la Death Valley : « Tout ce que j’ai vu jusqu’à présent indique qu’il s’agit d’une observation légitime. Je recommande que l’OMM accepte cette observation à titre préliminaire. Dans les semaines à venir, nous allons bien sûr l’examiner en détail, en collaboration avec le Comité national américain des extrêmes climatiques, en utilisant l’une de nos équipes internationales d’évaluation. »

Des touristes parcourent l'étouffante Vallée de la mort aux Etats-Unis, en 2018.
Des touristes parcourent l'étouffante Vallée de la mort aux Etats-Unis, en 2018. - Brian Melley/AP/SIPA

Où le record du monde de chaleur a-t-il été mesuré ?

Le record du monde a été mesuré le 10 juillet 1913… dans la Vallée de la mort, déjà l’un des endroits les plus hostiles de la planète. Une station météo avait enregistré ce qui reste officiellement la température la plus importante jamais mesurée sur Terre : 56,7 °C. Suivent les 55 °C relevés à Kebili, en Tunisie, en 1931. En 2016 et 2017, les 54 °C avaient été atteints à deux endroits, au Koweït et au Pakistan.

Pour l’anecdote, l’OMM enregistre également les records de multiples événements : les températures basses (-89,2 °C à Vostok dans l’Antarctique en 1983), les précipitations (3,93 mètres d’eau tombés en 72 heures dans le cratère Commerson de La Réunion en 2007), le grêlon le plus lourd (1,02 kg, Bangladesh, 1986) ou encore l’éclair le plus long : 16 secondes en Argentine en mars 2019.

Pourquoi c’est important ?

Dans une période où le changement climatique est devenu un problème majeur, les scientifiques veulent s’appuyer sur des données solides. « Comme les données météorologiques sont de plus en plus utilisées comme indicateurs du changement climatique/et d’un climat toujours plus extrême, l’homologation des nouveaux relevés météo devrait être reconnue comme une priorité absolue dans la communauté météorologique mondiale », rappelle l’OMM sur son site.

Les erreurs ça existe ?

Si aujourd’hui tous ces records sont examinés à la loupe par des experts météo, dans le passé, des records n’ont pas été homologués. Ainsi, pendant des décennies, le record mondial de chaleur datait officiellement de 1922 à El Azizia, dans la Libye moderne : 58 °C. Mais un panel d’experts de l’Organisation météorologique mondiale avait enquêté en détail de 2010 à 2012 sur ce record planétaire, avant de conclure que le relevé était sans doute surévalué de 7 degrés, en raison d’appareils problématiques et d’un observateur inexpérimenté.

Le record du monde de 1913 pourrait en théorie lui aussi être rayé des tablettes : en 2016, deux experts américains, William Reid et Christopher Burt, ont publié une longue analyse concluant à une erreur ; mais aucune investigation officielle n’est en cours.