Les femmes et les hommes sont loin d'être égaux pour lutter contre l'infection du VIH

RECHERCHE Une étude de chercheurs français vient de montrer qu’aux premiers mois de l’infection par le VIH, un mécanisme génétique se met en place chez certaines femmes pour mieux le combattre

Béatrice Colin

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Une image du HIV. (Illustration)
Une image du HIV. (Illustration) — Darwin Laganzon / Pixabay
  • Face à certaines infections virales, il existe une inégalité entre les hommes et les femmes.
  • Une différence génétique qui vient d’être à nouveau par une étude de chercheurs français à laquelle ont participé des Toulousains.
  • Ils ont mis en évidence que les femmes porteuses d’au moins un allèle T étaient mieux protégées de l’infection par le VIH, contrairement aux hommes.

Les femmes et les hommes ne sont pas toujours sur un pied d’égalité. Si cela vaut dans le monde du travail, c’est aussi le cas en matière de santé, et particulièrement lorsqu’il s’agit de lutter contre les virus. C’est ce qu’a démontré à grande échelle la crise du coronavirus, les patients masculins étaient surreprésentés dans les lits de réanimation. La fameuse immunité innée de la femme a fait la Une de l’actualité pour expliquer ce phénomène. Mais elle n’est pas propre au coronavirus et jouerait également un rôle lors de l’infection par le VIH.

C’est ce que viennent de démonter des chercheurs français, dont plusieurs Toulousains, dans une étude publiée le 18 juin dans la revue spécialisée JCI Insight. Ils ont mis en évidence un mécanisme génétique responsable d’un biais de sexe dans la réponse immunitaire innée et le contrôle de la charge virale aux premiers mois de l’infection par le VIH.

Lorsque le VIH attaque, en première ligne se trouvent des sentinelles de l’immunité, des cellules baptisées pDC. Dès qu’elles détectent la présence d’un virus grâce à leur récepteur (TLR7), elles relarguent dans le sang un bataillon de molécules antivirales très puissantes – les interférons – pour contrer le virus et inhiber sa réplication.

Comme le récepteur TRL7 se trouve sur le chromosome X et que les femmes l’ont en double exemplaire, il semble logique qu’elles soient mieux armées pour se défendre et que, de fait, le virus soit moins présent chez elles que chez les hommes.

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que cette production accrue d’interférons chez les femmes comparées aux hommes était responsable du meilleur contrôle de l’infection par le VIH observée chez les femmes. Cependant, la production trop importante d’interférons peut avoir un effet délétère en inhibant d’autres cellules de l’immunité, favorisant la dissémination du virus.

Cet effet délétère, lié à une trop forte production de médiateurs de l’inflammation, a été observé dans le cadre du coronavirus. Cet emballement, baptisé « orage cytokinique », a entraîné la destruction de tissus ou d’organes.

Un allèle T qui fait toute la différence

Mais en scrutant de près les paramètres de patientes infectées, ils se sont rendu compte qu’un autre paramètre jouait un rôle essentiel : l’allèle T. Ce polymorphisme génétique, présent sur le gène, diminue la quantité de récepteurs (TLR7) et la production d’interférons par les cellules pDCs de femmes porteuses de l’allèle T.

De manière inattendue, l’allèle T n’avait pas d’effet chez les hommes, que ce soit sur la production d’interférons ou l’expression du récepteur TLR7.

« On a pu observer que les femmes porteuses de l’allèle T étaient mieux protégées de l’infection. Ce n’est pas une protection complète, mais on détecte moins le virus, entre 8 à 10 fois moins. Contrairement à ce qui avait été observé chez les hommes où l’allèle T est associée à une charge plus forte et une progression accélérée de la maladie », relève Jean-Charles Guéry du Centre de physiopathologie de Toulouse Purpan (CNRS/Université Toulouse/Inserm, qui rappelle que 30 à 50 % des femmes européennes sont porteuses d’au moins un allèle T.

Une découverte inattendue, qui remet en cause ce que l’on pensait acquis au niveau du mécanisme responsable du meilleur contrôle de la primo-infection VIH chez les femmes. « Quand elles ont moins de récepteurs (TLR7), elles sont plus protégées. Ce n’est donc pas lié à la meilleure capacité des cellules baptisées pDC de femmes à produire des interférons », poursuit le chercheur.

Quand ces femmes sont diagnostiquées, elles ont souvent moins de symptômes. L’allèle T ne va pas empêcher les femmes d’être infectées par le VIH, mais elles auront une infection moins sévère. Et « quand la charge virale est moins importante, l’évolution vers un stade sida est aussi moins forte », conclut Jean-Charles Guéry.