Coronavirus : Ce qu’il faut savoir sur les résultats encourageants d’un vaccin expérimental américain

SANTE Les huit premières personnes qui ont reçu une dose du laboratoire américain Moderna ont développé une réponse immunitaire sans effets secondaires majeurs mais il ne s'agit que d'une première étape

P.B. avec AFP

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Le Covid-19 vu au microscope électronique.
Le Covid-19 vu au microscope électronique. — NIAID/Sipa
  • Un vaccin expérimental américain a provoqué une réponse immunitaire chez huit volontaires en bonne santé.
  • Le vaccin semble capable d’empêcher le Covid-19 de se répliquer chez des souris.
  • Un essai clinique de phase 2 sur 600 personnes, en juin, devrait permettre d’avoir davantage de certitudes.

Si les Bourses mondiales s’envolent ce lundi, c’est en grande partie à cause de cette annonce. La société biotechnologique américaine Moderna a dévoilé des résultats très préliminaires mais encourageants pour son vaccin expérimental contre le coronavirus chez huit volontaires, avant des essais à grande échelle prévus en juillet. Attention toutefois, si le vaccin expérimental a bien provoqué une réponse immunitaire chez huit personnes en bonne santé, rien ne prouve, pour l’instant, qu’il soit capable de neutraliser le Covid-19.

Des résultats encourageants mais très préliminaires

La jeune société, dans laquelle le gouvernement américain a investi 483 millions de dollars, a annoncé des « données intérimaires positives » de la phase initiale des essais cliniques : chez huit personnes, le projet de vaccin baptisé mRNA-1273 a déclenché une réponse immunitaire similaire à ce qu’on observe chez les gens qui ont été naturellement contaminés par le virus qui cause le Covid-19. Cette première phase visait aussi à vérifier que le vaccin n’est pas toxique, et Moderna n’a rapporté que quelques effets secondaires tels que des rougeurs à l’endroit de l’injection.

Il s’agit pour l’instant d’un communiqué de presse, et les résultats n’ont pas encore été passés au crible par des pairs. Les huit premiers volontaires (sur 45) étaient des personnes en bonne santé âgées de 18 à 55 ans. La concentration d’anticorps atteint-elle les niveaux minimums exigés par les autorités sanitaires pour un vaccin ? Ces anticorps sont-ils efficaces pour neutraliser le Covid-19 ? On l’ignore pour l’instant. Moderna assure toutefois que des tests menés sur des souris ont séparément montré que le vaccin empêchait le virus de se répliquer dans leurs poumons.

Une phase 2 sur 600 personnes en juin

Les résultats complets de l’essai de phase 1, sur 45 participants, ne sont pas encore connus. La phase 2, sur 600 personnes, a déjà reçu le feu vert de l’Agence américaine des médicaments (FDA) et devrait commencer d’ici juin. La phase 3, sur un plus grand nombre encore de participants, devrait débuter en juillet, a dit Stephen Hoge, le président de Moderna.

Le vaccin a été développé en partenariat avec l’Institut national des maladies infectieuses (NIAID), dirigé par le docteur Anthony Fauci. L’institut mène également l’essai clinique. Les premières données « nous laissent penser que mRNA-1273 a une forte probabilité de créer une protection » contre le coronavirus, s’est félicité lors d’une conférence téléphonique Stéphane Bancel, le directeur général français de Moderna. « Nous sommes comblés par ces données intérimaires », a-t-il dit.

Des milliards de doses nécessaires

La société fondée il y a neuf ans et basée à Cambridge près de Boston, n’a jusqu’à présent jamais reçu d’homologation pour un médicament ou un vaccin. Dans la foulée, le cours de l’action Moderna à New York était en hausse de 26 % à la mi-journée.

Nombre de gouvernements et de laboratoires veulent obtenir un ou plusieurs vaccins l’an prochain, voire avant la fin de 2020 pour des vaccinations en urgence. Le problème n’est pas seulement d’identifier un vaccin efficace et sûr, il faudra ensuite fabriquer des milliards de doses, et les distribuer selon un ordre qui reste à négocier.

Les grands laboratoires, ainsi que Moderna, ont annoncé qu’ils commenceraient à produire des millions de doses sans attendre le résultat des essais cliniques, une prise de risque inédite et largement financée par les Etats et de grandes organisations non gouvernementales. La société a annoncé récemment un partenariat avec le géant Lonza pour fabriquer jusqu’à un milliard de doses par an.