Maladie de Lyme : Des scientifiques ont besoin de vous pour mieux connaître les tiques et les maladies associées

SCIENCE PARTICIPATIVE Depuis 2017, via une application, les Français sont invités à signaler les piqûres de tiques. Objectif : parfaire la connaissance sur ces acariens et les maladies qui leur sont associées. Ce programme de science participative se poursuit mais voit désormais plus loin

Fabrice Pouliquen

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A Strasbourg en avril 2017, des images de tiques prises par des chercheurs du Centre national de recherche sur la borréliose de Lyme.
A Strasbourg en avril 2017, des images de tiques prises par des chercheurs du Centre national de recherche sur la borréliose de Lyme. — Document remis / Centre national
  • Lancé par l’Institut national de la recherche agronomique, CiTIQUE invite les citoyens à informer les scientifiques de leurs piqûres de tique. Et même d’expédier l’acarien dans une tiquothèque à Nancy.
  • En deux ans, ce programme de science participative a permis de parfaire la connaissance sur le risque de piqûre de tique en France, et sur les maladies associées, dont la maladie de Lyme.
  • CiTIQUE ne s’arrête pas ce lundi, mais se dote au contraire d’une nouvelle application. Explication.

23.500 piqûres signalées sur toute la France, et 20.000 tiques envoyées au laboratoire « Tous Chercheurs » du Centre Inrae (Institut nationale de la recherche agronomique) à Nancy… Lancée en 2017, CiTIQUE, un programme de science participative, a porté ses fruits en permettant aux scientifiques d’en savoir plus sur les tiques et les maladies qui leur sont associées. Dont la maladie de Lyme, quasiment inconnue du grand public il y a quelques années encore, et difficile à diagnostiquer.

CiTIQUE s’appuie sur « Signalement Tique », une application gratuite. Via un smartphone ou un ordinateur, elle permet d’indiquer rapidement aux scientifiques l’existence et les conditions écologiques des piqûres de tiques, qu’elles soient repérées sur un humain ou sur un animal. Et d’aller plus loin en expédiant le tique incriminé à Nancy, dans la première et unique tiquothèque participative française.

Cartographier le risque de piqûre en France

« Un support d’analyses précieux, raconte la micro-biologiste Pascale Frey-Klett, directrice de recherche de l’Inrae qui a lancé ce programme de science participative avec Jean-François Cosson. Il y a beaucoup d’espèces de tiques en France. L’idée de départ de ce programme était de savoir lesquelles piquent le plus, qui piquent-elles, en particulier chez l’homme ou l’animal, mais aussi d’analyser leur contenu en agent infectieux. »

La borrelia burgdorferi, la bactérie responsable de la maladie de Lyme, n’est qu’un de ces agents pathogènes. « Les tiques peuvent transporter d’autres bactéries, mais aussi des parasites, comme le babesia, dont on commence de plus en plus à parler, ou encore des virus, liste Pascale Frey-Klett. Il peut aussi y avoir des co-infections, une tique pouvant infecter la personne piquée avec plusieurs agents pathogènes en même temps. »

Aussi dans les jardins et les parcs publics

Les milliers de données récoltées par CiTIQUE ont permis en deux ans aux chercheurs de dresser une carte des risques de piqûre de tique en France. Avec à la clé plusieurs enseignements précieux. Les données ont déjà permis de confirmer les périodes les plus à risques question piqûre : le printemps et l’automne. L’analyse du contenu infectieux a aussi montré que 15 % des tiques analysées sur le territoire métropolitain sont porteuses de la bactérie responsable de la maladie de Lyme. « Autrement dit, elles sont un peu partout en France, et pas seulement dans certaines régions, comme certains le pensent », explique Pascale Frey-Klett.

« Très vite aussi, les signalements ont mis en évidence le risque d’être piqué dans les jardins et parcs publics, et pas seulement lors de randonnées en forêt, comme on le pense trop souvent, poursuit la micro-biologiste. D’ailleurs, nous avons enregistré une hausse des signalements de piqûres dans les jardins particuliers lors du confinement. »

D’autres recherches portent encore sur le risque que représentent les animaux de compagnie, qui portent leur lot de tiques, sur le reste de la famille. « On a remarqué que l’augmentation des signalements des piqûres chez les chiens et les chats commencent trois à quatre semaines avant l’augmentation des signalements chez les humains, ce qui pourrait faire de ces animaux de compagnie de bonne sentinelle », complète Pascale Frey-Klett.

Une nouvelle version pour aller plus loin

Autant de questions qu’il reste à affiner. Voilà pourquoi CiTIQUE ne s’arrête pas mais, bien au contraire, entend passer à la vitesse supérieure. Le programme de science participative s’est doté ce lundi d’une nouvelle application aux fonctionnalités qui se veulent plus pratiques pour les utilisateurs et plus utiles pour les chercheurs. Les utilisateurs peuvent désormais créer au sein d’un même compte plusieurs profils – idéal pour les familles –, suivre l’historique des signalements, signaler une piqûre même hors-ligne, l’application transmettant le signalement une fois la connexion internet retrouvée, ou encore bénéficier d’information sur la prévention et le suivi post-piqûre.

« Par ailleurs, à partir de juillet, une nouvelle modalité permettra aux utilisateurs de signaler les sorties au cours desquelles ils n’ont pas été piqués, poursuit Pascale Frey-Klett. C’est aussi une information qui compte pour parfaire notre cartographie du risque de piqûre en France. »