Le Sénat américain a adopté mercredi soir un projet de loi visant à favoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires, défiant une nouvelle fois une menace de veto présidentiel.
Le Sénat américain a adopté mercredi soir un projet de loi visant à favoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires, défiant une nouvelle fois une menace de veto présidentiel. — Anne-Christine Poujoulat AFP/Archives

MEDECINE

Vers une autorisation de la recherche sur les embryons humains?

La communauté scientifique s'accorde sur la question, en attendant le débat éthique...

La recherche sur les embryons humains pourrait bien être la grande bénéficiaire de la révision, en 2009, de la loi relative à la bioéthique. Dans leurs rapports respectifs, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et l'Agence de la biomédecine s'accordent en effet sur le sujet. Cette dernière l'a d'ailleurs clairement affirmé ce mardi, en conférence de presse.

Se portant garante du «respect absolu» de l'embryon, la directrice générale de l'Agence de la biomédecine a jugé «essentiel de préserver la recherche sur l'embryon». La semaine passée, l'OPECST appelait même à «simplifier les démarches administratives imposées aux chercheurs», estimant que «la loi doit dire clairement que la recherche sur l'embryon est autorisée».

Question juridique contre débat éthique

Des propos qui ravissent le professeur Samir Hamamah. Contacté par 20minutes.fr, le chercheur du CHU de Montpellier explique qu'«aujourd'hui, la loi interdit ce type de recherches, mais prévoit des dérogations qui sont extrêmement contraignantes». Il raconte ainsi qu'il lui a fallu fournir plus de 17.000 pages de dossier pour obtenir ses quatre autorisations de recherches. Il demande de «supprimer la notion d'interdiction», sans remettre en cause le strict encadrement des travaux, ni les sources d'embryons.

Chaque année, seule la moitié des 200.000 embryons issus de la fécondation in vitro sont réimplantés. «Et 60% de ceux qui restent ne peuvent pas être congelés, et sont donc jetés», déplore Samir Hamamah. Ce sont sur ces derniers que sont susceptibles d'être prélevées les cellules souches nécessaires à la recherche. Il appelle donc à «cesser l'hypocrisie, car les freins sont plus juridiques qu'éthiques».

Un avis que ne partage pas Tugdual Derville, secrétaire général de l'Alliance pour les droits de la vie, «fermement opposé à la recherche sur des embryons viavants». Privilégiant la piste des cellules issues du cordon ombilical, le militant déplore que «la création de stocks d'embryons humains ait suscité l'appétit pour ces “matériaux de laboratoire”». Son association réclame d'ailleurs depuis longtemps un moratoire sur le sujet.

Un espoir pour les malades

Samir Hamamah affirme «respecter la vie», mais rappelle qu'il s'agit en l'occurrence «d'embryons de moins de cinq jours». Pour Tugdual Derville, «aucun argument scientifique ne permet de prétendre qu'il ne s'agit pas d'êtres humains». Le scientifique justifie ses recherches par leurs applications: «Dans cinq ou dix ans, nous pourrons avoir des banques de cellules de pancréas ou de cœurs, comme nous avons aujourd'hui des banques de sang.»

Une perspective qui permettrait, selon lui, de traiter des maladies dégénératives, comme Parkinson ou Alzheimer, mais aussi des pathologies comme le diabète ou les hépatites. Et le chercheur de brandir, comme argument ultime: «On vit de plus en plus longtemps, nous devons maintenant faire en sorte que nous puissions vivre de mieux en mieux.»