Espace : Ce que les chercheurs brûlent de savoir grâce à la sonde Solar Orbiter

QUOI NEUF SUR LE SOLEIL La sonde européenne Solar Orbiter doit décoller dans la nuit de dimanche à lundi en direction du Soleil. Sa mission, lever les derniers mystères que cache notre étoile, parfois ombrageuse

Hélène Ménal

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La sonde Solar Orbiter, face au Soleil.
La sonde Solar Orbiter, face au Soleil. — Agence spatiale européenne (ESA)
  • La sonde européenne Solar Orbiter doit être lancée dans la nuit de dimanche à lundi de Cap Canaveral.
  • Sa mission, qui doit durer sept à dix ans, est de fournir des images inédites de l’astre.
  • Les scientifiques cherchent notamment à mieux comprendre les «colères» du Soleil.
  • Ces orages électromagnétiques qui ont des conséquences sur notre quotidien et pourraient en avoir plus encore sur les vols spatiaux habités.

Elle part au Soleil, mais pas franchement pour se dorer la pilule. Plutôt pour le regarder en face. Dans la nuit de dimanche à lundi, la sonde européenne Solar Orbiter doit décoller de Cap Canaveral, en Floride, pour entamer un long voyage vers l’astre du jour. Armé d’un bouclier thermique ultra-puissant et tout noir, pour ne pas se brûler les panneaux solaires, l’explorateur de l'Agence spatiale européenne va s’approcher à 42 millions de kilomètres du Soleil.

Mais pour quoi faire ? Pourquoi faut-il envoyer un vaisseau de la taille d’une grosse voiture ausculter, dans des conditions extrêmes allant jusqu’à 500°C, une boule de feu si omniprésente et visible qu’on a l’impression de la connaître intimement ?

« Détrompez-vous, le Soleil cache encore de très nombreux mystères », assure Alexis Rouillard, chercheur à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap/CNRS) de Toulouse, qui a collaboré à la mise au point de « l'anémomètre » de la sonde, chargé de mesurer et d’analyser les ultramagnétiques vents solaires.

Un mystérieux effet sauna

Et en premier lieu, la communauté scientifique cherche à savoir pourquoi la couronne solaire, ce halo qu’on voit pendant les éclipses, est si chaude. « La température peut y atteindre un million de degrés alors que la surface du soleil n’est qu’à 5.000°C, précise le Toulousain. Il y a tout un tas de théories pour expliquer ce phénomène mais nous n’arrivons pas à trancher ».

Alors que la sonde américaine Parker Solar Probe, lancée en 2018, croise encore plus près de l’étoile mais ne la « regarde » pas directement, sa consœur européenne va pouvoir en livrer des images inédites.

Dans la Ville rose, Alexis Rouillard, « un peu stressé » dans l’attente du lancement, attend beaucoup de l’analyse des vents solaires, ces rafales d’ions et de protons que l’astre éjecte, de façon cyclique, « à des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par seconde ». Ces orages, ou éruptions solaires, n’ont rien d’anodin. Le bon côté, c’est qu’ils sont à l’origine des magnifiques aurores boréales.

Prévoir les orages sur la route de Mars

Moins réjouissant, ils perturbent les transmissions radio ou encore les données GPS. Certains opérateurs de satellites annulent déjà parfois des manœuvres par temps d’orage solaire. « Nous voulons comprendre comment ils se forment pour mieux les prévoir et poser les bases d’une météorologie de l’espace », détaille le chercheur. Au-delà des perturbations sur l’activité terrestre, la maîtrise de cette météo est aussi indispensable à la préparation des futurs vols habités vers Mars ou la Lune. Les colères du Soleil constituent un des périls majeurs de l’aventure.