SpaceX : « Grain de folie » et colonisation martienne… Quel avenir se dessine pour l’entreprise d’Elon Musk ?

ESPACE L’entreprise d’Elon Musk a validé un nouveau test de sécurité demandé par la Nasa, et pourrait bientôt transporter des astronautes américains

Lucie Bras

— 

Lancement de la capsule Crew Dragon par le lanceur Falcon 9, le 19 janvier  2020.
Lancement de la capsule Crew Dragon par le lanceur Falcon 9, le 19 janvier 2020. — Kennedy Space Center
  • Dimanche, SpaceX a simulé avec succès l’éjection d’urgence d’astronautes d’une fusée, quelques instants après son lancement en Floride.
  • Conséquence de cette réussite : le prochain vol de la capsule de SpaceX, Crew Dragon, se fera cette année avec des astronautes à bord.
  • Un tournant pour l’industrie spatiale américaine, qui a n’a pas fait voler ses propres astronautes depuis 2011.

C’était l’ultime test de sécurité avant un premier vol habité. Dimanche, SpaceX a réussi l’éjection d’urgence d’une capsule (vide) quelques secondes après le décollage de sa fusée, sous les hourras des équipes d’ingénieurs au sol. La capsule Crew Dragon s’est posée au sol huit minutes plus tard, comme prévu. « Pour autant que nous puissions le dire, c’est une mission parfaite. Cela s’est aussi bien passé que prévu », a déclaré Elon Musk, milliardaire excentrique et patron de SpaceX, à l’issue du test. En remplissant cette consigne imposée par la Nasa, l’entreprise va-t-elle entrer dans la cour des grands ?

« On a assisté à un test crucial pour la sécurité des astronautes, l’un des derniers avant de lancer une équipe du Commercial Crew dans un vol habité, commente Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse. Ça rassure le monde entier en montrant que le programme progresse », poursuit-il. Il y a quelques années, la Nasa a décidé de délaisser son programme de navettes pour confier au secteur privé le transport des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS). Par « secteur privé », on entend tout d’abord la Russie et sa capsule Soyouz. Mais elle est aussi « cliente » de deux sociétés qu’elle a sélectionnées : SpaceX et Boeing, qui doivent lui faire des propositions. Si bien que les deux entreprises se sont lancées dans la course à l’espace.

« La grande époque des voyages spatiaux »

Pour SpaceX, créée en 2002, l’enjeu est important. L’entreprise, relativement jeune face aux mastodontes du secteur, passera à « l’âge de la maturité si elle réussit le premier vol habité », prévu au deuxième trimestre 2020 par la Nasa, confirme Arthur Sauzay, expert des questions spatiales à l’Institut Montaigne et avocat au sein du bureau parisien d’Allen & Overy. Ce vol aura comme passagers les astronautes américains Doug Hurley et Bob Behnken, qui s’entraînent depuis des années, alors que depuis 2012, SpaceX ravitaille l’ISS uniquement en matériel et en vivres.

« Même s’il faut garder la tête froide, on est à un tournant vers une nouvelle grande époque des voyages dans l’espace, reprend le spécialiste. SpaceX a remis une sorte de grain de folie dans l’aventure spatiale : l’entreprise dit "rêvons grand, prenons tous les risques". Elon Musk fait rêver, il ne laisse personne indifférent. Il stimule, il énerve, mais il fait bouger les lignes. »

Objectif affiché : rendre aux Etats-Unis la liberté d’envoyer leurs propres astronautes vers l’ISS. « Depuis 2011, aucun Américain n’est parti dans l’espace dans un engin américain », confirme Olivier Sanguy. Un enjeu en termes d’image, mais aussi économique : la Nasa dépense environ 85 millions de dollars pour chaque siège d’astronaute qu’elle envoie via la Russie. Un lourd tribut… payé par les contribuables. « SpaceX, c’est 50-60 millions de dollars quand ils lancent une fusée », détaille Arthur Sauzay.

Un million d’êtres humains sur Mars

Face à Boeing ou aux entreprises chinoises qui se développent, SpaceX sait qu’elle doit garder en tête la réduction des coûts. Sa grande innovation, c’est d’ailleurs son lanceur automatique, le seul au monde à être réutilisable. « Le principal apport de SpaceX, c’est le retour du premier étage de son lanceur Falcon 9. C’est quand même un engin de 50 mètres de haut. Lors du test de dimanche, celui qui a servi volait pour la 4e fois. SpaceX veut les faire voler jusqu’à 10 fois », explique Olivier Sanguy. SpaceX, Boeing et d’autres « veulent faire moins cher et plus systématique, pour ouvrir l’espace au plus de monde possible », commente Arthur Sauzay. D’autant plus que l’entreprise n’a pas signé de contrat d’exclusivité avec la Nasa et peut proposer des vols commerciaux, comme celui du milliardaire japonais Yusaku Maezawa, prévu en 2023 autour de la Lune.

Et pourquoi pas viser encore plus loin ? « Le slogan officiel de l’entreprise est "making humans a multiplanetary species" ["faire de l’humanité une espèce interplanétaire"] », rappelle Arthur Sauzay. Elon Musk a encore expliqué, vendredi dernier sur Twitter, comment il comptait envoyer un million d’humains sur Mars d’ici à 2050. Et l’expert des questions spatiales de conclure : « SpaceX, c’est Mars depuis le début ».