Un « chewing-gum » de 5.700 ans a pu dévoiler l’ADN de sa mâcheuse

DÉCOUVERTE La personne qui a mâchouillé cette pâte était une femme qui aurait eu les yeux bleus, la peau et les cheveux foncés

20 Minutes avec agences

— 

Un scientifique procède à une extraction d'ADN (photo d'illustration)
Un scientifique procède à une extraction d'ADN (photo d'illustration) — Leon Neal AFP

L’analyse d’un « chewing-gum » vieux de près de 5.700 ans révèle non seulement les origines de sa mâchouilleuse mais aussi la couleur de ses yeux, les germes que sa bouche hébergeait et la composition de ses repas. « Pour la première fois, un génome humain ancien et complet a été récupéré sur autre chose que des os ou des dents », explique Hannes Schroeder, de l’Université de Copenhague et coauteur de l’étude publiée ce mardi dans la revue Nature Communications.

Cette « source très précieuse d’ADN ancien », en particulier pour les périodes où les restes humains se font rares, n’est autre qu’une pâte, noirâtre, obtenue à partir d’écorce de bouleau chauffée, « plus courante qu’on ne le pense, car elle se conserve assez bien ». Pendant la préhistoire, elle a été couramment mâchée, comme en attestent des empreintes de dents souvent retrouvées sur le brai de bouleau.

Des restes organiques conservés dans la boue

La pâte étudiée par des chercheurs de l’Université de Copenhague avait été découverte lors de fouilles archéologiques effectuées par le Museum Lolland-Falster à Syltholm, dans le sud du Danemark. Ce site est vraiment « unique. Presque tout est scellé dans la boue, du coup, la préservation des restes organiques est phénoménale », explique dans un communiqué un autre coauteur de l’étude, Theis Jensen.

Les chercheurs ont pu établir que la personne qui l’avait mâché était une femme, probablement aux yeux bleus et dont la peau et les cheveux étaient foncés. Selon l’étude, la mâchouilleuse était génétiquement plus proche des chasseurs-cueilleurs d’Europe continentale que de ceux de Scandinavie centrale.

ADN bactérien, végétal et animal

Si cette pâte servait de colle, elle a aussi pu être utilisée pour soulager le mal de dents, servir de brosse à dents, de coupe-faim ou simplement de chewing-gum. Les scientifiques ont également extrait de l’ADN de microbes oraux et de plusieurs agents pathogènes humains.

Ce sont principalement des espèces sans danger, mais certaines « sont potentiellement très pathogènes comme le Streptococcus pneumoniae qui est la principale cause de pneumonie. Nous avons également récupéré l’ADN du virus Epstein-Barr responsable de la mononucléose infectieuse », ont-ils déclaré. La « gomme à mâcher » contenait également de l’ADN d’espèces végétales et animales comme celle de la noisette ou du canard, laissant supposer qu’ils avaient été mangés peu de temps avant le mâchouillage.