Oreilles: Des fossiles révèlent comment elles sont nées

DECOUVERTE Si les reptiles utilisent leurs mâchoires pour transmettre des sons, les mammifères pour leur part s’appuient sur trois osselets : le marteau, l’enclume et l’étrier

20 Minutes avec AFP

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Une consultation ORL.
Une consultation ORL. — AIRIO/LEHTIKUVA OY/SIPA

Les mammifères modernes, dont les humains, doivent leur ouïe fine à trois osselets de l’oreille moyenne que leurs ancêtres reptiles n’avaient pas. C’est une véritable découverte car jusqu’à présent, on ignorait à quel point dans le temps la transformation avait commencé.

Une découverte chinoise

Des scientifiques rapportent dans une étude publiée jeudi dans la revue Science avoir trouvé de facto le chaînon manquant : une espèce qui vivait il y a 125 millions d’années dans ce qui est aujourd’hui le nord-est de la Chine, et dont ils ont analysé en détails des fossiles découverts depuis le milieu des années 2000. « Ce sont des preuves fantastiques », a tranché un biologiste spécialiste de l’évolution, Guillermo Rougier, de l’université de Louisville, qui n’a pas participé à l’étude. Les fossiles analysés par l’équipe de recherche sont « à couper le souffle », selon lui.

Les fossiles analysés par l’équipe, principalement chinoise et qui inclut Jin Meng du Muséum d’histoire naturelle à New York, sont au nombre de six et sont des proto-mammifères du Crétacé inférieur. Ils ont baptisé l’espèce « Origolestes lii ». Ces animaux ont côtoyé les dinosaures et avaient la taille et l’apparence de rongeurs comme des souris.

Les reptiles utilisent leurs mâchoires pour mâcher et transmettre des sons externes par vibrations jusqu’à leur cerveau, ce qui diffère du système auditif des mammifères qui implique les trois osselets marteau, enclume et étrier et permet aux humains d’écouter une symphonie et aux dauphins de localiser des objets par écholocalisation.

L’origine de la diversification alimentaire

Selon l’hypothèse scientifique prédominante, la séparation progressive des deux fonctions, mâcher et entendre, aurait permis d’alléger les contraintes mutuelles pesant sur les mâchoires, et les mammifères auraient ainsi pu à la fois diversifier leur régime alimentaire et améliorer leur ouïe. Pour Guillermo Rougier, l’étude suggère de nouvelles questions telles que : cette évolution s’est-elle produite chez tous ou quelques mammifères seulement ?, «Est-ce arrivé une fois ? Dans plusieurs groupes ? ».

Outre le système auditif, Jin Meng et ses collègues sont en train d’analyser d’autres parties des fossiles, notamment la cavité cérébrale, qui livrera peut-être d’autres secrets sur l’évolution des mammifères.