Des nouvelles inquiétantes concernant la santé des bébés chinois génétiquement modifiés

GENOME Les bébés « Crispr », des jumelles dont la naissance avait créé une vive polémique en 2018, pourraient avoir subi des mutations génétiques imprévisibles

20 Minutes avec agences

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Une manipulation en laboratoire (photo d'illustration)
Une manipulation en laboratoire (photo d'illustration) — Leon Neal AFP

Les jumelles chinoises nées l'an dernier d’embryons génétiquement modifiés par les ciseaux moléculaires « Crispr » subissent probablement des mutations imprévues dans leur génome à la suite de cette manipulation. C’est la déclaration d’un journaliste américain, ce mardi, qui a obtenu une version non publiée de l’étude détaillant l’expérience.

L’annonce avait choqué le monde en novembre 2018. Le scientifique He Jiankui avait révélé à Hong Kong qu’il avait modifié des embryons dans le cadre d’une fécondation in vitro pour un couple. Son souhait était de tenter de créer une mutation de leurs génomes, pour leur conférer une immunité naturelle contre le virus du sida, le VIH, au cours de leur vie.

Une mutation accomplie « similaire »

Des jumelles étaient nées, nommées Lulu et Nana (pseudonymes), mais elles et leurs parents restent anonymes. On ignore totalement ce qu’elles sont devenues. L’expérience d’He Jiankui avait vivement été condamnée par la communauté scientifique internationale et les autorités de son pays. L’affaire avait relancé les appels à une interdiction des « bébés Crispr ».

Un journaliste de la MIT Technology Review a donc reçu le manuscrit de l’étude que He Jiankui a tenté de faire publier par des revues scientifiques prestigieuses, et qui détaille sa méthode et ses résultats. Le texte confirmerait ce que beaucoup d’experts suspectaient. Il ne montrerait en réalité pas que la mutation tentée, sur une partie du gène CCR5, a effectivement réussi, selon des généticiens interrogés. Mais affirmerait plutôt que la mutation accomplie est « similaire » à celle qui confère l’immunité, et non identique.
 

Les conséquences sont imprévisibles

En outre, des données incluses en annexe montreraient que les jumelles ont subi des mutations ailleurs dans leur génome, et probablement différentes d’une cellule à l’autre, ce qui rendrait les conséquences imprévisibles. « Crispr » est une technique révolutionnaire de modification du génome inventée en 2012, bien plus simple et facile d’utilisation que les technologies existantes. Mais les ciseaux coupent souvent à côté de l’endroit ciblé, et les généticiens répètent que la technologie est encore loin d’être parfaite pour être utilisée à des fins thérapeutiques.

« Il y a énormément de problèmes dans l’affaire des jumelles "Crispr". Tous les principes éthiques établis ont été violés, mais il y a aussi un grand problème scientifique. Il n’a pas contrôlé ce que Crispr faisait, et cela a créé plein de conséquences imprévues », a récemment déclaré le professeur de génétique Kiran Musunuru, de l’université de Pennsylvanie.