Branché espace et pas claustrophobe ? Ce job pour simuler des vols lunaires est (peut-être) pour vous

ESPACE Vivre durant huit mois dans un espace confiné avec cinq autres volontaires pour simuler des vols lunaires. C’est le pitch de l’appel à volontaires lancé par l’Isae-Supaero, l’école de Thomas Pesquet, chargée de pré-selectionner les membres français des futures missions SIRIUS

Béatrice Colin
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Lors d'une précédente mission de simulation lunaire en Russie.
Lors d'une précédente mission de simulation lunaire en Russie. — Sergey Ponomarev/AP/SIPA
  • L’Isae-Supaero, l’école de Thomas Pesquet, est chargée de trouver des volontaires français pour participer aux futures missions SIRIUS, en Russie.
  • Ces férus d’aérospatiale, russophiles, devront simuler un voyage spatial en étant confiné de huit à douze mois.
  • Au-delà d’un CV bien garni, les équipes recherchent des gens avec un certain profil psychologique, capable de supporter l’isolement.

Etre en bonne santé et parler russe sont des impératifs. Ne pas être claustrophobe aussi, car lorsque l’on s’apprête à passer 8 à 12 mois confinés avec cinq autres personnes dans un espace aussi petit qu’un vaisseau spatial, il vaut mieux être en capacité de supporter l’isolement.

Ces qualités font partie de celles recherchées par l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace de Toulouse (Isae-Supaero). L’ancienne école de Thomas Pesquet a en effet été retenue pour présélectionner les deux volontaires français qui embarqueront à bord des missions Sirius-20/21.

Au-delà d’être l’étoile la plus brillante du ciel après le Soleil, c’est aussi le nom du projet Scientific international research in unique terrestrial station, un programme qui vise à simuler sur Terre de longs vols spatiaux d’une durée de huit ou douze mois.



Soit 240 ou 360 jours coupés du monde, avec comme seul espace de vie le NEK, un complexe situé en Russie, au sein de l’Institut des problèmes bio-médicaux de Moscou (IMBP), sans hublot avec vue sur la Terre mais où l’on mène des tas d’expériences scientifiques.

Aspect psychologique

Sur leur CV, les candidats devront afficher au minimum un bac +4 dans le domaine aérospatial, un âge oscillant entre 28 et 55 ans, une taille inférieure à 1,80 m et des connaissances médicales sont un gros plus. Des critères qui peuvent limiter le nombre de candidatures à déposer d’ici au 9 décembre. Tout comme l’aspect psychologique, car il ne s’agit pas de faire un road-trip avec des copains à travers le monde.



« C’est un engagement. Pendant un an, il faut être loin de ses amis, de son quotidien. L’aspect psychologique est important. On simule par exemple les fenêtres de communication comme pour une mission qui va vers Mars », explique Stéphanie Lizy-Destrez, enseignante-chercheuse en conception des systèmes spatiaux à l’Isae qui a pour l’heure un peu moins d’une dizaine de postulants, parmi lesquels un tiers de femmes.

Pour mettre toutes les chances de son côté et se distinguer lorsque l’on réunit l’ensemble de ces critères très sélectifs, il y a aussi quelques petits trucs à connaître. Entre juin 2010 et novembre 2011, le Français Romain Charles a participé à une expérience similaire baptisée Mars 500 qui visait à simuler sur le plancher des vaches le voyage aller et retour d’un équipage vers Mars.

« Etre créatif »

Après coup, ses recruteurs lui ont dit que l’optimisme était un point clé. Avoir un type qui tire la gueule toute la journée, c’est plus compliqué à gérer dans quelques mètres carrés. « Ils m’ont aussi dit quelque chose qui m’a surpris : qu’il fallait être créatif. Dans une journée, on passe 8h à mener des expériences, 8h à dormir et nous avons 8h de temps libre. Il faut donc être créatif pour les occuper. Pour Mars 500, nous avions tous des activités personnelles, moi je voulais améliorer mon russe, je faisais aussi de la guitare et puis j’ai passé du temps à écrire aussi », explique celui qui travaille aujourd’hui à l’Agence spatiale européenne.

Fort de son expérience pour avoir vécu comme eux l’isolement durant plusieurs mois, il assiste aujourd’hui les astronautes et leur famille dans le quotidien. Il participera aussi à la sélection de ses successeurs au sein de Sirius-20/21 en janvier prochain, après leur passage devant les médecins et psychologues de la clinique spatiale, le Medes.

Comme lui, ils devront simuler des opérations, comme celle de manœuvrer un rover à distance. Et dans chacune d’elles, ils seront scrutés de près dans le cadre du protocole TELEOP mis au point par l’Isae. « Notre objectif est d’être en capacité de mesurer l’impact du confinement sur le comportement de l’équipage lors des téléopérations. On n’est pas dans le même état d’esprit si on est confiné deux semaines ou quatre mois. On voit qu’il y a des différences de précision ou de vitesse d’exécution des tâches selon l’état émotionnel », explique Stéphanie Lizy-Destrez.

Un protocole déjà testé en 2019 sur une première expérience SIRIUS de confinement de quatre mois en Russie et qui a convaincu l’IMBP et la Nasa de confier la campane de présélection à l’Isae.