Exoplanète : Pourquoi pensons-nous que la vie extraterrestre apparaîtra sous les mêmes conditions que sur Terre ?

INTERVIEW « 20 Minutes » a interviewé Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, sur les recherches de vie extraterrestre et pourquoi elles se concentrent sur des planètes similaires à la nôtre

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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L'exoplanète, baptisée K2-18b, orbite autour de l'étoile K2-18, une naine rouge située dans la constellation du Lion, à 110 années-lumière du système solaire.
L'exoplanète, baptisée K2-18b, orbite autour de l'étoile K2-18, une naine rouge située dans la constellation du Lion, à 110 années-lumière du système solaire. — M. KORNMESSER / ESA/Hubble / AFP
  • De la vapeur d’eau a été découverte pour la première fois dans l’atmosphère d’une exoplanète en zone habitable.
  • De quoi relancer les milles et une question sur une possible vie ailleurs que sur Terre.
  • Les recherches sur la vie extraterrestre se focalisent en effet sur des planètes similaires au nôtre, comme l’explique Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse.

Pour la première fois, des astronomes ont détecté de la vapeur d’eau dans l’atmosphère d’une planète située dans « la zone habitable » de son étoile. La nouvelle, annoncée ce mercredi, ramène cette fameuse question sur le tapis : existe-t-il de la vie extraterrestre ? Mais a-t-on vraiment raison de penser qu’une vie hors de notre planète viendra de conditions similaires à la Terre ? Réponse avec Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, à qui on a posé cette colle.

Pourquoi nous attendons-nous à voir la vie apparaître dans les exactes mêmes conditions que sur la Terre ?

Ce n’est pas forcément qu’on s’y attend, mais c’est ce qu’on connaît, et c’est donc plus simple à chercher et à observer. Même sur Terre, nous avons des difficultés à définir ce qui est vivant. Le vivant, quand on le voit, on le reconnaît facilement, mais quand on veut le définir, c’est beaucoup plus compliqué. La logique dans la recherche d’une vie extraterrestre, c’est donc déjà de se baser sur ce qu’on connaît pour chercher des conditions qu’on sait propices à la vie sur Terre : ce qu’on appelle de la chimie organique (du carbone et de l’eau). Il existe également des recherches sur de la vie différente que sur terre, mais c’est encore plus flou, donc on a tendance à se focaliser sur de la vie semblable pour le moment.

Si on trouve une planète avec toutes les conditions qu’on connaît pour que la vie apparaisse, sommes-nous certains qu’il y aura de la vie ? Autrement dit, la vie est-elle automatique ?

C’est une question centrale, nous n’avons pas encore résolu ce débat. C’est également pour cela que l’on étudie de corps célestes facilement observables, comme Titan ou Mars, afin d’essayer de voir où est la frontière, la bascule, lorsqu’il y a des éléments favorables à la fabrique du vivant. A quel moment le vivant se fait, à quel moment la bascule ne se fait pas ? Mars a été habitable, Titan pourrait l’être, du coup, y a-t-il eu de la vie, et si oui, à quel moment précis apparaît-elle ? Pour le moment, la seule apparition de la vie que l’on peut observer, c’est sur Terre, ce qui fait assez léger comme échantillon pour trancher si l’apparition de la vie est automatique lorsqu’on réunit certaines conditions ou non.

Ce qu’on voit par contre concernant ces fameuses conditions, c’est que la Terre est de moins en moins « une glorieuse exception ». Plus on avance dans le temps et plus on trouve des planètes similaires : nous avons déjà découvert qu’autour des autres étoiles, il y avait également des planètes, puis de l’eau a été découvert sur d’autres corps célestes, puis des planètes dans des zones habitables. Plus on pousse nos recherches, plus on voit de planètes présentant des similitudes avec la Terre. Peut-être qu’un jour la Terre sera une planète banale.

Pourtant, pour reprendre l’exemple de K2-18b, l’exoplanète avec de la vapeur d’eau dans l’atmosphère, celle-ci paraît difficilement propice au vivant, notamment à cause de son étoile, une naine rouge. Les conditions sont extrêmement sélectives. Ce qui est intéressant, c’est surtout la méthode utilisée. Il s’agit d’une technologie de pointe pour retravailler des données en archive du télescope Hubble où on a extrait le signal de la vapeur d’eau. Nos instruments sont de plus en plus performants, si bien que des planètes similaires à la Terre, qui est assez petite, deviennent de plus en détectables. Or, plus on étend nos recherches, plus on a de chance de trouver une planète jumelle à la Terre. Et dans la recherche de trouver de la vie, c’est ce qu’on cherche en priorité : une planète avec des conditions exactement similaires à la Terre.

Avec cette recherche d’une vie comme la nôtre, si on trouvait de la vie sur une autre planète, mais juste sous forme de bactérie ou d’êtres unicellulaire, est ce qu’on ne serait pas déçus finalement ?

Il est vrai que ce que l’on cherche surtout, c’est de la vie complexe, une intelligence, car la recherche de la vie extraterrestre, ce n’est pas que scientifique, c’est aussi une question philosophique « Est ce que nous sommes seuls dans l’univers ? ». En ce sens, oui, trouver de la vie extraterrestre sous « forme simpliste » n’arrêtera pas cette question et donc on pourrait penser à un manque de réussite, une déception. Mais ne nous y trompons pas, si on découvre rien qu' un microbe sur un autre corps céleste, ce sera l’une des plus grandes découvertes du XXIe siècle.