Des scientifiques apprennent à des rats à jouer à cache-cache

MINUS ET CORTEX Et les rats adorent ça, même sans récompense en friandises

20 Minutes avec AFP
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"Bien caché, je vais enfin pouvoir conquérir le monde."
"Bien caché, je vais enfin pouvoir conquérir le monde." — HO / REINHOLD, SANGUINETTI-SCHECK, HARTMANN & BRECHT / AFP

La prochaine fois que vous tomberez sur un rat chez vous, dites-vous qu’il veut peut-être simplement jouer à cache-cache. Pour une expérience, une équipe de neuroscientifiques allemands a passé plusieurs semaines avec des rongeurs dans une petite pièce remplie de cartons. Ils ont découvert que les  animaux étaient étonnamment adeptes du  jeu, alors même qu’ils n’étaient récompensés par aucune friandise.

Au lieu de cela, les rats semblaient sincèrement heureux de découvrir leurs compagnons et compagnes humaines ou d’être attrapés par elles, à en juger par les petits bonds de joie et les cris ultrasoniques qu’ils poussaient, inaudibles pour l’oreille humaine et dont des travaux antérieurs ont montré qu’ils étaient associés au bien-être. L’étude, publiée jeudi dans la revue Science, n’est pas qu’une histoire mignonne (ou angoissante, selon les points de vue), car elle donne un nouvel éclairage sur le jeu, un trait évolutif important chez les mammifères.

Un terrain de jeu de 30 mètres carrés

« Quand vous travaillez beaucoup avec les rats au fil des ans, vous vous rendez compte à quel point ces animaux sont intelligents et sociaux », dit le coauteur Konstantin Hartmann de l’université Humboldt de Berlin, où sont également basés les autres membres de l’équipe. « Mais ce fut une surprise de voir à quel point ils se débrouillaient bien », ajoute-t-il.

Les recrues étaient des rats mâles adolescents, et le terrain de jeu une pièce de 30 mètres carrés. Un chercheur ou une chercheuse s’accroupissait pour se cacher derrière un carton, ou bien donnait au rat une longueur d’avance pour qu’il se cache, l’humain ou l’humaine le cherchant. Ils ont rapidement mis au point des stratégies relativement sophistiquées, comme de revisiter des lieux où les humains s’étaient cachés auparavant, ou bien de se mettre à l’abri dans des boîtes opaques plutôt que transparentes lorsqu’ils se cachaient.

Des interactions sociales positives

Pour les entraîner, les auteurs ont récompensé les rats non pas avec de la nourriture ou de l’eau, ce qui aurait invalidé l’expérience, mais avec une interaction sociale positive, sous la forme d’un contact physique. « Ils cherchent notre main, nous les chatouillons les côtes, c’est un peu comme si on jouait avec des chatons ou des chiots », dit Konstantin Hartmann.

Les scientifiques pensent que les rats étaient motivés non seulement par ces interactions, mais qu’ils aimaient aussi le jeu en soi. Outre les cris et sauts de joie, les rats sursautaient et allaient se recacher ailleurs lorsqu’ils étaient trouvés, comme s’ils voulaient prolonger la séance de jeu et retarder la récompense. Le jeu a un rôle important dans le développement cognitif des mammifères adolescents.

Plus que des simples objets d’expérience

Les rats constituent un modèle idéal pour étudier l’activité cérébrale chez l’homme en raison de leur proximité évolutive, ce qui explique également leur utilisation fréquente en médecine. Tout cela soulève des questions éthiques sur l’utilisation des rats dans des expériences scientifiques et médicales.

« Il est très important d’avoir conscience des capacités cognitives d’un animal », dit Konstantin Hartmann, ajoutant qu’il faut toujours mettre dans la balance l’intérêt scientifique des expériences, par rapport à l’utilisation d’animaux. « Ce type de recherche aidera les scientifiques à voir dans les rats plus que de simples objets d’expériences. »