Manche : Un nombre record d’empreintes de Néandertaliens découverts sur une plage normande

ARCHÉOLOGIE Grâce à différentes techniques, certaines empreintes ont pu être moulées voire extraites du sol et conservées

20 Minutes avec agences

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Modélisation d'un homme de Néandertal, au musée de Krapina, en Croatie.
Modélisation d'un homme de Néandertal, au musée de Krapina, en Croatie. — N.SOLIC/REUTERS

C’est un record : pas moins de 257 empreintes de pied de Néandertaliens, préservés depuis 80.000 ans, ont été découvertes à Rozel ( Manche), à quelques dizaines de mètres du bord de mer. Jamais autant de traces n’avaient été découvertes d’un coup.

Ces empreintes offrent un « instantané » de la vie du groupe qui occupait le site. Elles suggèrent qu’il comptait entre 10 et 13 personnes, la grande majorité des traces appartenant à des enfants et adolescents. Mais une empreinte correspond à celle d’un adulte, de 1,90 m environ.

Des fouilles démarrées en 2012

Ces Néandertaliens vivaient probablement là de l’automne au printemps, selon Jérémy Duveau, doctorant au Muséum national d’histoire naturelle. Le chercheur est aussi coauteur de l’étude sur cette découverte, publiée dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS).

Le site avait été découvert par un amateur dans les années 1960. Ce n’est qu’à partir de 2012, face au danger de l’érosion par le vent et la marée, que des fouilles de sauvetage ont été organisées, trois mois par an. Des dizaines de mètres de sable ont été enlevés par pelles mécaniques. Puis, au pinceau, les chercheurs ont découvert les empreintes, laissées à l’époque dans un sol herbacé et boueux et conservées grâce au sable.

« La conservation nécessite une sorte de miracle »

Aux 257 traces décrites dans l’article s’ajoutent des centaines d’autres découvertes depuis l’an dernier. Elles « ont un intérêt, qui est également leur défaut : elles représentent une sorte d’instantané de la vie d’individus sur des périodes très brèves », explique Jérémy Duveau. « Cela nous permet d’avoir une idée de la composition du groupe, mais il est possible qu’elles représentent le groupe quand certains individus étaient à l’extérieur. »

Chaque empreinte a été photographiée et modélisée en trois dimensions. Certaines ont été moulées avec de l’élastomère, un matériau plus souple que le plâtre. Et depuis 2017, grâce à une nouvelle technique de solidification du sol, des centaines de traces ont été extraites pour être conservées.

« La conservation des empreintes nécessite une sorte de miracle. Il faut qu’on soit très chanceux », conclut Jérémy Duveau. Avant Rozel, seules neuf empreintes néandertaliennes confirmées avaient été découvertes en Grèce, en Roumanie, à Gibraltar et en France. Quelques moulages de Rozel ont déjà été exposés, et les chercheurs disent vouloir en exposer plus au grand public à l’avenir.