SpaceX: Pourquoi l'envol réussi de Starhopper, la «cocotte-minute» d'Elon Musk, suscite-t-il autant d'enthousiasme?

CONQUETE SPATIALE D’apparence modeste, ce vaisseau spatial est pourtant l’un des engins les plus puissants jamais lancés

Lucie Bras

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La capsule Starhopper a réussi son décollage sur le site de Boca Chica au Texas, le 27 août 2019.
La capsule Starhopper a réussi son décollage sur le site de Boca Chica au Texas, le 27 août 2019. — Miguel Roberts/AP/SIPA
  • Essai réussi pour Starhopper, le nouvel engin volant d’Elon Musk, qui s’est envolé à plus de 150 mètres de haut lundi aux Etats-Unis.
  • L’envol de ce prototype a suscité beaucoup d’enthousiasme sur les réseaux sociaux.
  • Et pour cause : « Le Starhopper porte en lui la promesse du futur lanceur Starship », destiné à la conquête spatiale, analyse Olivier Sanguy, de la Cité de l’espace à Toulouse.

Le vol aura duré en tout et pour tout une grosse minute. Après un premier essai avorté lundi, Starhopper, le nouveau prototype de fusée d’Elon Musk, a réussi mardi à se propulser à 150 mètres du sol pour venir se reposer quelques secondes plus tard sur site de Boca Chica au Texas. Très suivi sur les réseaux sociaux, cet essai, qui porte en lui une promesse de conquête spatiale, a suscité un grand enthousiasme.

Au premier abord, ce vaisseau spatial n’a rien de très impressionnant. En vidéo, la séquence diffusée par SpaceX ressemble même à un vieux film d’anticipation : une fusée trapue de 18 mètres de haut, 9 mètres de diamètre, couleur acier, surnommée la « cocotte-minute », s’envole dans les airs, propulsée par une grande quantité d’énergie. Pourtant, c’est l’un des engins les plus puissants jamais lancés.

« Un bricolage de bas niveau »

« Honnêtement je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. J’ai été bluffée car je ne savais pas qu’on pourrait faire voler une cocotte-minute ! », explique Whitney, blogueuse spatiale. « Depuis le premier vol de la Falcon Heavy, SpaceX a prouvé qu’ils pouvaient innover sur le plan technique. De même avec le Starhopper, qui pouvait croire qu’ils allaient réussir à faire voler cette chose ? », conclut-elle. « J’ai été enthousiasmé car ce prototype a été construit dans des conditions tout sauf spatiales, par des employés qui soudaient les tôles en extérieur à 300 mètres de la plage », décrit Eric Bottlaender, rédacteur et auteur spécialisé espace, qui a aussi commenté l’événement sur Twitter. « Ça a ressemblé pendant plusieurs mois à un bricolage de bas niveau. Mais voilà, ils ont accolé dessus leur moteur de Ferrari et réussi le tour de force de le faire voler. C’était une drôle de vision, un peu comme si SpaceX y arrivait au culot », poursuit-il.

Pourquoi un tel succès ? « Il ne faut pas négliger le fait qu’Elon Musk et SpaceX savent très bien communiquer sur les réseaux sociaux et susciter l’enthousiasme des gens. Ils savent entretenir la hype », rappelle Olivier Sanguy de la Cité de l’espace à Toulouse. Et de fait, SpaceX n’a pas lésiné sur la communication autour de son essai : la vidéo a été diffusée en live, après de multiples annonces.

Un avant-goût de conquête spatiale

« Cet enthousiasme vient aussi du fait que le Starhopper a une apparence étrange, et l’essai peut ne pas sembler très impressionnant par rapport à d’autres missions spatiales », commente Olivier Sanguy. « Mais le Starhopper est un nouveau pas vers le futur lanceur Starship. C’est un banc d’essai de technologies », explique-t-il. Des technologies de pointe dont un moteur innovant, le « Raptor ». Cela fait des années que SpaceX travaille dessus. L’engin fonctionne au méthane et à l’oxygène liquide : il est beaucoup plus puissant que les anciens modèles, qui carburent au kérosène.

« Le méthane n’est pas un choix anodin », remarque Olivier Sanguy. « Si un jour on va sur Mars, le méthane a l’avantage d’être produit à partir de l’atmosphère martienne. L’idée est d’envoyer une usine automatique sur place où l’on fabriquerait le carburant du retour. On simplifie ainsi le scénario d’une mission martienne. » Cet essai était donc un avant-goût de la conquête spatiale. Un pas de plus vers Starship, le futur vaisseau spatial dont rêve SpaceX : haut de 118 mètres, il contiendra 31 exemplaires du moteur Raptor.

« C’est l’espoir que porte le Starhopper, celui du vaisseau Starship qui, sur le papier, peut faire des vols habités une réalité », confirme Olivier Sanguy. « Un jour, Starship atterrira sur le sable rouillé de Mars », a d’ailleurs promis Elon Musk sur Twitter après l’essai. Avant la Planète rouge, de nombreuses étapes attendent les prototypes d’Elon Musk. Elles devraient s’enchaîner rapidement : le milliardaire se prépare déjà à tester son prototype suivant, le Starship MK1, avant la fin de l’année pour un vol en orbite. La cocotte-minute, elle, sera mise au repos partiel : elle ne volera plus, mais servira à tester les moteurs au sol.