50 ans de l’homme sur la Lune: Faut-il être triste de ne jamais y être retourné en près d’un demi-siècle?

VISER LA LUNE Depuis près de 50 ans, l’homme est « coincé » en orbite basse. Pas un projet de retour lunaire n’a abouti, tandis que les fonds ont diminué. Pas de quoi rendre triste astronautes et chercheurs, qui y voient des motifs d’être heureux

Jean-Loup Delmas

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La lune, on y retourne quand?
La lune, on y retourne quand? — Neil ARMSTRONG / NASA / AFP
  • Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong foulait le sol de la Lune. A l’occasion des 50 ans des premiers pas de l’homme sur le satellite de la Terre, 20 Minutes vise la Lune avec une série d’articles.
  • La station spatiale internationale représente désormais le point le plus loin sur lequel un astronaute peut se rendre actuellement. L’ISS est en orbite à 420 kilomètres de la Terre, bien peu face aux 384.000 kilomètres à laquelle se situe la Lune.
  • « La Lune n’a pas été délaissée pour ne rien faire, la recherche s’est juste tournée vers d’autres corps célestes », explique Athena Coustenis, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de la Lune qui cite les huit missions vers Mars ou celle vers Pluton.

Depuis 1972 et la dernière mission Apollo, aucun homme n’a quitté l’orbite basse terrestre. La station spatiale internationale (ISS) représente désormais le point le plus loin sur lequel un astronaute peut se rendre actuellement, elle qui orbite à maximum 420 kilomètres de la Terre, bien peu face aux 384.000 kilomètres à laquelle se situe la Lune et où douze Américains se sont rendus entre 1969 et 1972.

Au point qu’à 20 Minutes, on s’est posé la question : doit-on être triste de cet état des lieux un peu faiblard niveau conquête spatiale ? « On peut regretter que, depuis 47 ans, on soit "coincé" en orbite basse. Et on est tous d’accord, c’est dommage que l’exploration spatiale ne se soit pas accélérée à la même vitesse que ce qu’on a vu avec l’aviation. Mais dès qu’on raisonne sur "pourquoi un tel bilan ?", on accepte les raisons », estime Jean-François Clervoy, spationaute à l’agence spatiale européenne (ESA) et l’un des dix Français à avoir volé dans l’espace. Justement, quelles sont-elles ces raisons ? Au-delà des évidentes questions budgétaires, la course à l’espace ne mobilisant plus les foules ni les levées de fonds, l’astronomie s’est surtout tournée vers d’autres objectifs.

La réussite de l’ISS

A commencer par cette fameuse ISS, qui certes est 900 fois plus près que la Lune, mais qui demeure une incroyable réussite, comme l’explique l’astronaute : « On regrette un peu de pas être déjà retourné sur la Lune, mais on est très heureux d’avoir réussi ce programme spatial international qu’est l’ISS. S’il fallait arrêter l’exploration de la Lune pour animer la coopération internationale, je pense que c’était la bonne priorité. »

Pourquoi une telle préférence ? La formidable promesse d’avenir que constitue la station joue pour beaucoup : « C’est un excellent banc d’essai d’une coopération internationale, on a appris à travailler ensemble. Certains pays sont en guerre économique sur Terre mais sont partenaires dans l’espace ». Or, il estime que pour les futures missions interplanétaires, « Mars ou ailleurs », les coûts budgétaires seront tellement élevés que cela devra passer par « l’entraide entre nations ».

Rendre à la société

Mais au-delà de la station, Athena Coustenis, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de notre satellite, se réjouit d’une astronomie aux passions désormais plus éparses : « On ne peut qu’être heureux de la direction que prend le spatial. La Lune, c’est très bien, mais on ne va pas se contenter de ne voir que ça. Il y a huit missions en cours rien que sur Mars actuellement, on a été sur Pluton, on a atterri sur une comète, nos connaissances sur l’Univers augmentent jour après jour. La Lune n’a pas été délaissée pour ne rien faire, la recherche s’est juste tournée vers d’autres corps célestes. »

La recherche, c’est bien, mais où est le goût de la conquête faite par l’Homme ? Personne n’aurait donc envie de fouler le sol d’un corps céleste avec ses propres pompes et non par la caméra d’un rover ? Jean-François Clervoy met un stop à nos ambitions de Christophe Colomb de l’espace : « Quand on va quelque part, on a l’obligation morale et financière de rapporter à la société qui, elle, nous finance, vu le coût de ces projets. De découvrir quelque chose utile pour le monde. C’est pour ça qu’on privilégie pour le moment la recherche à la conquête. Si on va sur la Lune juste pour dire qu’on est capable de le refaire, on aura beaucoup plus de critiques que si, au passage, on répond à des questions scientifiques. »

Une mission plus préparée et plus internationale

Voilà aussi ce qui permet de digérer ce quasi-demi siècle sans vol lunaire et de ne pas trouver le temps trop long : l’idée que quand on y retournera, ce sera pour une vraie belle mission. On l’aura compris, pour Jean-François Clervoy, c’est l’international qui prime.

Pour Athena Coustenis, « les missions Apollo ont fait leurs temps. C’était une course politique, les choses se sont un peu précipitées. Aujourd’hui, retourner sur la Lune, ce serait l’occasion de bien faire les choses. Quand on voit ce qu’on a pu réaliser dans les années 1960, imaginez aujourd’hui. » Et si vous avez du mal à visualiser, elle se charge d’imaginer pour vous : télescope sur la face cachée loin des perturbations des ondes terrestres, recherche sur les vents solaires, et toujours plus de roches lunaires.

Vers l’infini et au-delà

D’autant plus que notre satellite présente un merveilleux avantage pour le futur : « C’est un laboratoire grandeur nature pour s’entraîner à aller sur Mars ou sur d’autres corps célestes », appuie la directrice de recherche. La Lune, délaissée pour d’autres inconnus comme Mars ou les comètes, devient à nouveau attractive pour aller rejoindre ces derniers.

Car ne vous inquiétez pas pour la conquête spatiale humaine, l’homme aura beau regarder dans un télescope ou envoyer des sondes sur les astres, il aura très certainement envie de s’y rendre lui-même un jour ou l’autre. Pas un hasard si chaque décennie voit son lot de déclarations d’un président américain ou d’un dirigeant d’un pays concurrent promettre un retour sur la Lune, Mars, ou plus loin encore. Déjà, pour l’immense intérêt scientifique comme le schématise Jean-François Clervoy : « Les rovers américains ont mis dix ans pour parcourir une trentaine de kilomètres sur Mars. Sur la Lune, ça a pris trois jours à Apollo 17 pour le faire avec leur Jeep. Dès que l’humain arrive, on va beaucoup plus vite qu’avec les machines. »

Mais au-delà de la science, le besoin d’aventure et d’inspiration dictera aussi aux humains de se poser sur d’autres terres que notre planète bleue, affirme le spationaute : « L’homme aura toujours l’ambition de dépasser ses frontières et de repousser ses limites. On a vu que dans les années 1960, le nombre de diplômes de doctorants en maths et en sciences était directement corrélé à la conquête spatiale, qui passionne et inspire toujours les jeunes. »