50 ans de l'Homme sur la Lune: Avec des jumelles ou un télescope, comment bien observer la Lune?

VISER LA LUNE Avec une simple paire de jumelles, il est possible de voir la Lune comme vous ne l'avez jamais vue

Lucie Bras

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Une femme observe la Lune avec des jumelles à Hong Kong, le 31 janvier 2018.
Une femme observe la Lune avec des jumelles à Hong Kong, le 31 janvier 2018. — ANTHONY WALLACE / AFP
  • Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong foulait le sol de la Lune. A l’occasion des 50 ans des premiers pas de l’homme sur le satellite de la Terre, 20 Minutes vise la Lune avec une série d’articles.
  • On peut observer la Lune de n’importe quel endroit de la Terre, mais on ne sait pas vraiment comment la regarder. Avec quel matériel ? Où et quand observer ?
  • Florent Deleflie, astronome à l’observatoire de Paris, livre ses conseils pour mieux l'observer.

A la fois lointaine et très proche, la Lune est visible dans le monde entier, depuis n’importe quel endroit de la Terre. Qu’elle soit sous forme de disque ou de croissant lumineux, on la voit plus qu’on ne l’observe, par manque de temps ou de matériel. Pour y remédier, à l’occasion des 50 ans du premier pas de l’Homme sur la Lune, 20 Minutes a demandé à Florent Deleflie, astronome à l’observatoire de Paris, des conseils et des astuces pour observer notre satellite avec des jumelles, un télescope ou simplement à l’œil nu.

« Vous avez déjà regardé la Lune ? », demande l’astronome d’entrée de jeu. « Non », lui répond-on. « C’est pour ça… », acquiesce-t-il mystérieusement, avant de s’enthousiasmer. « La Lune, c’est une porte d’entrée absolument fabuleuse pour toute l’astronomie. C’est du tourisme, un peu comme quand on part en vacances. Avec des jumelles ou un télescope, on part en vacances à 380.000 km. »

Des « mers » et des « océans » avec les jumelles

Un sacré voyage pourtant facilement accessible, même sans matériel professionnel. « Une simple paire de jumelles permet d’accéder à pas mal de choses », insiste Florent Deleflie. « Mon conseil, c’est de prendre un bâton pour y poser la paire de jumelles afin de stabiliser le point de vue. Un simple balai peut faire l’affaire », explique-t-il.

Avec des jumelles, on aperçoit les grandes structures de la Lune : le spectaculaire cratère Tycho, qui est le résultat d’une grosse collision avec un météore dont on peut observer toute la violence encore aujourd’hui, mais aussi de grandes zones sombres remplies de magma depuis la formation de la Lune. « C’est ce qu’on appelle les océans ou les mers, qui n’en ont que le nom, car il n’y a pas d’étendue d’eau sur la Lune », complète l’astronome. Il ne reste plus qu’ à situer ces structures aux noms poétiques sur la carte : océan des Tempêtes, mer de la Tranquillité, mer du Nectar, mer des Crises…

Des milliers de cratères visibles avec un télescope

Pour ceux qui possèdent un télescope, le terrain de jeu s’étend. « Avec un télescope, ce qu’il ne faut pas louper, ce sont tous les cratères que l’on va trouver à la surface. Comme il y en a plusieurs milliers, on n’est pas près d’épuiser ce filon », s’amuse Florent Deleflie. L’astronome compare la surface de la Lune à une structure fractale, « un peu comme un chou-fleur » : quelle que soit l’échelle, on va pouvoir trouver des cratères de tailles différentes. Un peu comme les fleurs d’un chou-fleur. « Plus l’instrument est de grand diamètre, plus on va pouvoir observer de toutes petites structures très particulières, de tout petits cratères ou des chaînes de montagnes qui vont se découper sur la surface de la Lune avec des effets d’ombre », complète-t-il.

« On va trouver des cratères de plus en plus petits et jeunes, on va pouvoir voir le bord du cratère, le pic central pour certains d’entre eux [qui se forme dans certaines conditions après un impact puissant, la croûte se met à fondre sous le choc]. Si la chance est là, mais c’est très rare, on peut même voir une météorite arriver sur la Lune », ajoute-t-il. Comme en janvier dernier, lors de l’observation d’une éclipse. Attention c’est beau, mais très rapide.

Eviter la lumière de la pleine lune

Même à l’œil nu, la Lune est accessible, parfois même en plein jour, car son orbite est proche de celle du Soleil : « Elle va faire le tour du ciel en un mois, le long d’une ligne qui est assez proche de la ligne que parcourt le Soleil en une année. Au cours du mois, la Lune va passer relativement proche du Soleil mais aussi pratiquement opposée. C’est ce qui fait les phases de la Lune », détaille l’astronome.

Avant l’observation, Florent Deleflie conseille tout de même de jeter un coup d’œil à un calendrier. « Il faut bien choisir la phase. Si on est en phase de pleine Lune par exemple, on va avoir directement la lumière dans la figure en quelque sorte », explique-t-il. Avec toute cette lumière, qui n’est pas dangereuse pour les yeux mais qui peut éblouir, impossible de percevoir les reliefs.

Alors qu’en observant en phase de premier ou dernier quartier, ou de fin croissant, on va observer des zones sur la Lune ou le soleil est en train de se lever ou se coucher. « Comme sur Terre, quand le soleil se couche ou se lève, il y a de très longues ombres, donc on voit très bien les reliefs. C’est proche de ce qu’on appelle le terminateur [la limite jour-nuit], c’est là qu’il va être le plus intéressant de l’observer », confirme l’astronome.

Etre bien accompagné

Enfin faut-il quitter la ville pour mieux observer la Lune ? « Souvent, pour observer des astres en astronomie, on dit qu’il faut s’éloigner de la lumière de la ville​. Là c’est un peu le contraire », déclare l’astronome. Préférez donc les zones où il y a des choses à voir : des arbres, des monuments… sur lesquels elle peut se découper.

Elle paraît plus grosse quand elle est comparée aux objets du quotidien. Une illusion d’optique car la Lune occupe une toute petite place dans le ciel, un demi-degré, soit la taille de votre petit doigt quand vous tendez le bras. Florent Deleflie conseille enfin de s’entourer. « Les perceptions de l’un vont être différentes de celles de l’autre. Observer quelque chose d’aussi magnifique tout seul c’est un peu dommage », conclut-il.