Toulouse: De chercheurs ont enfin trouvé où l'étonnant blob «stocke» sa mémoire

SCIENCES Le blob, cet étonnant – et gluant – organisme unicellulaire arrive à communiquer avec ses congénères. Des spécialistes toulousains viennent de trouver où il emmagasine les informations en l’absence de cerveau

Helene Menal

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La fusion des réseaux veineux de deux blobs.
La fusion des réseaux veineux de deux blobs. — D. Villa - CNRS
  • Les blobs, organismes unicellulaires visqueux, arrivent à communiquer entre eux.
  • Des chercheurs Toulousains ont cherché à savoir où ils stockaient leurs informations en l’absence de cerveau.
  • En fait, ils les gobent, littéralement.

Même décérébré, le blob n’en finit plus d’étonner les scientifiques qui se penchent sur son cas. A Toulouse, les spécialistes du Centre de recherches en cognition animale (CRCA/CNRS-Université Paul-Sabatier), détenteurs d’une impressionnante colonie de ces êtres unicellulaires primitifs, ont déjà démontré qu’ils communiquaient entre eux et avaient une capacité de décision. Depuis, une question les taraudait : où le blob peut-il bien emmagasiner ses connaissances, le siège de sa mémoire ne pouvant se trouver dans un cerveau qu’il n’a pas ?

La réponse vient de tomber, dans un article publié par l'équipe dans une revue scientifique internationale. « En fait, le segment de la mémoire du blob est la substance elle-même, résume la chercheuse Audrey Dussutour. C’est un peu comme si pour apprendre ses devoirs, un élève devait les manger ».

Cette découverte part d’une intuition et d’un constat : les blobs s’échangent des informations (essentiellement pour signaler des substances aversives mais inoffensives) uniquement quand « leurs réseaux veineux fusionnent », bref quand ils s’emmêlent les tentacules. D’où l’idée que c’est la substance en question elle-même qui constitue le support de leur mémoire.

Une expérience plutôt salée

Un des - gros - blobs du Centre de recherches sur la cognition animale de Toulouse.

Pour le prouver, les Toulousains ont entraîné des blobs pendant six jours, tels des athlètes, à traverser des environnements salés pour les habituer au sel. Ils ont ensuite constaté que les blobs entraînés contenaient une concentration en sel dix fois plus élevée que leurs camarades dits « naïfs ». Pour parachever l’expérience, les chercheurs ont injecté directement du sel dans des blobs naïfs. Deux heures après, ils évoluaient dans des substances salées comme s’ils étaient hyperentraînés.

Bref le blob avale au sens propre ce qu’il apprend. Ou vice versa. Pour l’équipe du CRCA, l’étape suivante est de découvrir s’il peut mémoriser plusieurs substances en même temps.