Evacuation ou auto-tamponneuse... Des scientifiques rassemblés pour décider d'un plan en cas de menace d'un astéroïde

METEORITE Les scientifiques découvrent chaque jour de nouveaux astéroïdes, dont pour l'instant 942 font plus d'un kilomètre

20 Minutes avec AFP

— 

Au Pakistan, un homme observe le ciel dans son télescope (image d'illustration).
Au Pakistan, un homme observe le ciel dans son télescope (image d'illustration). — ASIF HASSAN / AFP

Italie, Allemagne, France, Russie, Israël, Chine… Un exercice international a rassemblé plus de 300 astronomes, scientifiques, ingénieurs et experts des situations d’urgence dans la banlieue de Washington cette semaine. Objectif : définir un plan en cas de découverte d'un astéroïde fonçant sur la Terre. Un exercice catastrophe, le quatrième du genre, qui n’a rien d’un scénario de science-fiction.

L’idée que la Terre doive se défendre contre un astéroïde se heurtait autrefois à ce que les experts appellent le « facteur gloussement ». Mais, le 15 février 2013, un météore a contribué à mettre fin aux ricanements.

2013, prise de conscience

Ce jour-là, un astéroïde de 20 mètres est apparu de nulle part et a explosé en entrant dans l’atmosphère, 23 kilomètres au-dessus de la ville russe de Tcheliabinsk. Les habitants ont ressenti la chaleur de l’explosion à 60 km à la ronde. Les vitres de milliers de bâtiments ont explosé. Un millier de personnes ont été blessées par des éclats. « L’aspect positif de Tcheliabinsk est qu’il a déclenché une prise de conscience du grand public et des décideurs publics », dit à l’AFP Detlef Koschny, co-directeur du bureau de défense planétaire de l’Agence spatiale européenne (ESA), représentée par une dizaine de personnes à la conférence.

Seuls les astéroïdes dont l’orbite les rapprochera à moins de 50 millions de kilomètres de la Terre nous intéressent. Les astronomes en découvrent tous les jours : plus de 700 déjà cette année, avec un total catalogué de 20.001, a annoncé Lindley Johnson, du bureau de coordination de la défense planétaire à la Nasa, créé en 2016.

Des mesures de plus en plus précises

Parmi les plus risqués, on trouve par exemple un rocher baptisé 2000SG344 : 50 mètres environ de diamètre, avec une chance sur 2.096 qu’il s’écrase sur Terre d’ici 100 ans, selon l’ESA. La plupart sont plus petits, mais 942 font plus d’un kilomètre, estime l’astronome Alan Harris, qui a informé l’auditoire que quelques gros astéroïdes se cachaient encore probablement dans le ciel : « La plupart sont garés derrière le Soleil ».

Ce sont principalement des télescopes américains, dans l’Arizona et à Hawaï, qui les détectent. L’ESA a installé un télescope en Espagne et en prévoit d’autres au Chili et en Sicile. De nombreux astronomes réclament un télescope dans l’espace puisque, depuis la Terre, on ne peut pas voir les objets se trouvant de l’autre côté du Soleil.

L’exercice de cette semaine vise à simuler comment le monde répondrait à la menace. Il faudrait d’abord pointer des télescopes vers l’objet pour calculer précisément sa vitesse et sa trajectoire, les observations initiales étant grossières. Ensuite, le choix est binaire : dévier l’objet, ou évacuer. S’il fait moins de 50 mètres, le consensus international est d’évacuer la région susceptible d’être frappée.

« Armageddon » à côté de la plaque

Selon Detlef Koschny, deux semaines avant l’impact, on peut prédire le pays touché. Quelques jours avant, la précision est de quelques centaines de kilomètres. Pour les plus gros objets, l’idée n’est pas d’envoyer une bombe atomique comme dans le film « Armageddon » car cela pourrait créer des morceaux tout aussi dangereux. L’idée consisterait à lancer un appareil vers l’astéroïde pour le dévier… comme une auto tamponneuse cosmique.

La Nasa testera l’idée sur un vrai astéroïde de 150 mètres, en 2022, avec la mission DART. Si un tel événement arrive, le Conseil de sécurité de l’ONU serait saisi mais la question de savoir si les pays riches financeraient une mission s’ils n’étaient pas eux-mêmes dans la ligne de mire de 2000SG344, ou d’un autre caillou céleste, reste en suspens. « Quelle serait l’autorité décisionnaire ? » « Le consensus a été jusqu’à présent de ne pas répondre à cette question », a conclu Romana Kofler, du bureau des affaires spatiales de l’ONU.