Nasa: De nouveaux retards annoncés pour la prochaine grande fusée

ESPACE La Nasa a annoncé lors d’une audition au Sénat que la fusée ne serait pas prête en 2020 alors que le premier vol a déjà été reporté à plusieurs reprises

20 Minutes avec agences

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Le siège de la Nasa, agence spatiale américaine à Washington.
Le siège de la Nasa, agence spatiale américaine à Washington. — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

La fusée « Space Launch System » (SLS), qui sera haute de 98 mètres et entièrement « jetable », était jusqu’à présent décrite par la Nasa comme l’élément indispensable des prochaines missions lunaires américaines. L’engin, qui doit être le plus puissant de tous les temps et qui a déjà coûté 12 milliards de dollars, devait être opérationnel en juin 2020 pour un voyage autour de la Lune sans astronaute, et en 2022 avec un équipage. La capsule Orion sera alors au sommet de cette méga-fusée.

Mais alors que son développement a déjà pris des années de retard, la Nasa a soudainement assombri son avenir. L’administrateur de l’agence spatiale a confirmé ce mercredi lors d’une audition au Sénat que la fusée ne serait pas prête en 2020.

Une mission confiée à des lanceurs privés

Ce nouveau retard n’a pas surpris les experts de l’industrie spatiale, qui observent depuis des années les problèmes de développement de la fusée. Celle-ci est construite par Boeing avec plus de mille sous-traitants, dans 43 Etats américains. En 2010, le Congrès avait initialement demandé un premier vol fin 2016. La Nasa l’avait ensuite reporté à 2017, 2018… Puis juin 2020.

Mais au lieu de reporter encore la date, le chef de la Nasa, Jim Bridenstine, a annoncé que l’agence envisageait de confier à des lanceurs privés cette première mission. « Nous avons appris la semaine dernière que nous ne pourrions pas maintenir le calendrier », a-t-il déclaré. « Des capacités extraordinaires existent aujourd’hui, nous pouvons les acheter pour accomplir cet objectif », a-t-il lâché. Cette annonce illustre ainsi le basculement rapide de la Nasa dans un rôle de cliente de l’industrie spatiale privée, où elle ne posséderait plus ses fusées mais achèterait un service de transport à un coût bien inférieur.

Des modifications techniques à entreprendre

En réalité, aucune fusée actuelle n’est capable de lancer à la fois Orion et « l’étage » de propulsion dont la capsule aura besoin pour s’arracher à l’attraction de la Terre et se propulser vers la Lune : les deux éléments sont trop lourds, et c’est le problème que SLS était censée résoudre.

Le patron de la Nasa a affirmé que ce n’était finalement plus un obstacle, et qu’il suffirait de lancer séparément Orion et l’étage moteurs, qui seraient ensuite assemblés en orbite. Ce brusque changement implique d’importantes modifications techniques, tout cela dans un calendrier très serré. En pratique, seules deux fusées peuvent emporter des charges très lourdes dans l’espace actuellement : la Falcon Heavy de SpaceX, et la Delta IV Heavy de United Launch Alliance.

Le Congrès doit décider

Dans sa proposition de budget, lundi, l’administration avait déjà décidé de confier au secteur privé l’assemblage de la mini-station en orbite lunaire que la Nasa veut assembler dans les années 2020. C’est aussi le cas pour le lancement d’une sonde vers la lune Europe de Jupiter. Ces deux missions devaient initialement revenir à SLS.

La décision de marginaliser - voire sacrifier - SLS ne revient toutefois pas à la Nasa. C’est le Congrès qui vote le budget spatial. Celui de 2020 doit être adopté dans les prochains mois.