VIDEO. Toulouse: Des blobs bluffent les scientifiques par leur incroyable capacité à décider (même sans cerveau)

SCIENCES Sous ses airs de truc gluant sans cerveau, le blob est capable de stratégies et de compromis. Des chercheurs toulousains viennent d'en faire la preuve

Helene Menal

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Un des blobs du Centre de recherches en cognition animale de Toulouse.
Un des blobs du Centre de recherches en cognition animale de Toulouse. — A. Dussutour - CRCA - CNRS
  • Le blob a beau ne pas avoir de cerveau, il est capable de stratégie.
  • Des chercheurs toulousains l’ont prouvé en challengeant des blobs de diverses origines pour de la nourriture.
  • Le Japonais est trop rapide pour faire le bon choix, l’Américain a dominé impitoyablement la compétition.

On croyait tout savoir du blob, cet être unicellulaire, donc dépourvu de cerveau. Qu’il était capable d’inspirer un authentique film d’épouvante et de se déplacer, façon limace, en profitant de sa « gluance », qu’il adorait le jaune d’œuf et les flocons d’avoine ou encore qu’il pouvait atteindre jusqu’à 10 m2.

Un des - gros - blobs du Centre de recherches sur la cognition animale de Toulouse.

Mais le Physarum polycephalum, de son petit nom scientifique, réserve encore bien des surprises comme le prouve la récente publication scientifique du Centre de recherches en cognition animale (CRCA/CNRS-Université Paul-Sabatier) de Toulouse. Dans ce laboratoire, qui scrute et bichonne des blobs de toutes tailles et origines, les chercheurs viennent de prouver que, malgré leur absence de neurone, ils ne sont pas des moutons. Loin de là même.

Interminables courses sur paillasses

Scientifiquement, l’expérience consistait à mettre en évidence « la prise de décision » chez le blob et à observer son éventuelle capacité à faire des compromis. Concrètement, l’équipe d’Audrey Dussutour a organisé des courses de blobs. Des compétitions sur paillasse, pouvant durer en quatre et quinze heures vu la nature des athlètes, avec sur la ligne de départ dans un premier temps un blob de souche japonaise et un blob australien.

Le but : atteindre un des deux patchs de nourriture « gros comme des pièces de 20 centimes » et situés à trois centimètres. Avec parfois le choix entre un patch de « rien » et un patch nourrissant, ou encore un patch light et un autre super-énergétique avec jaune d’œuf.

Le Japonais trop vif et la suprématie américaine

Les expériences ont été répétées des dizaines et des dizaines de fois. « Nous avons obtenu des résultats très robustes », assure Audrey Dussutour. Et qui donnent quoi ? Qui prouvent que le blob japonais confond vitesse et précision. « Il part très, très vite, dans tous les sens, au risque de se tromper, explique la chercheuse. Ce qui dans un environnement compétitif peut être un avantage, tempère-t-elle ». Quant au blob australien, il prend le temps de la réflexion. Il finit rassasié.

Quant au concurrent de souche américaine, lui aussi comparé aux deux autres, il fait un parfait compromis entre vitesse et réflexion. Il domine impitoyablement le monde des blobs.

Au-delà de l’affection perceptible qu’ils portent aux blobs, les chercheurs ont été bluffés. « Nous avons été impressionnés par la clarté des différentes stratégies, confie Audrey Dussutour. Cela prouve que même des organismes unicellulaires peuvent avoir des comportements différents. On a souvent nié la complexité des cellules alors qu’il faudrait arriver à les observer comme des animaux ». La chercheuse, grande fan des blobs, pense qu’ils ouvrent des perspectives inédites sur le comportement des bactéries par exemple.

La vie dans un blob à roulettes