VIDEO. Toulouse: Ils plongent dans le grand bain de la science pour le bien-être des astronautes

ESPACE Vingt volontaires participent actuellement à une étude à la clinique spatiale de Toulouse. Allongés dans des baignoires pour simuler l’impesanteur, ils testent l’impact de brasseurs de cuisse pour contrer ses effets négatifs

Beatrice Colin

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Benjamin et Thibaud font partie des 20 volontaires qui participent à la nouvelle étude de simulation d'impesanteur à la clinique spatiale de Toulouse.
Benjamin et Thibaud font partie des 20 volontaires qui participent à la nouvelle étude de simulation d'impesanteur à la clinique spatiale de Toulouse. — B. Colin
  • Lors de leur séjour dans l’espace, les astronautes développent des problèmes osseux, musculaires, mais aussi cardiovasculaires et oculaires à cause des effets de l’apesanteur
  • Une étude de deux mois lancée fin janvier à la clinique spatiale va simuler l’impesanteur et permettre de tester des brassards de cuisse pour contrer ses effets négatifs
  • Vingt volontaires y participent et restent à tour de rôle cinq jours immergés dans une baignoire

Après avoir passé plusieurs semaines à 408 kilomètres au-dessus du plancher des vaches à voir défiler la planète bleue sous leurs yeux, certains astronautes de la station spatiale internationale sont revenus sur Terre avec des problèmes oculaires. Et ce n’est pas parce que Thomas Pesquet et ses confrères ont oublié de mettre leurs lunettes de soleil. C’est tout simplement l’un des effets de l’apesanteur. « Ces problèmes ophtalmologiques ne sont pas réversibles, cela se traduit notamment par des pertes d’acuité. Ce serait dû à la pression intracrânienne et sur dans le cadre de longs vols habités cela pourrait poser des problèmes », explique Marie-Pierre Bareille, coordinatrice à la clinique spatiale de Toulouse (Medes - CHU Toulouse) de la nouvelle étude menée pour le Cnes.

Dans l’espace, sans gravité, les fluides corporels ne sont plus attirés vers les pieds, mais plutôt vers le haut du corps. Cela a un impact sur le système cardiovasculaire et donne aussi cet air un peu bouffi aux astronautes. Une expérience que sont en train de vivre Benjamin et Thibaud depuis mercredi matin. Ils ne sont pas partis à bord de la dernière navette Soyouz pour l’ISS. Ces Toulousains sont allongés dans des baignoires du Medes, en immersion sèche, sans que leur peau soit en contact avec l’eau. Ils vont rester ainsi cinq jours durant.

Une technique qui permet de reproduire rapidement les conditions de l’impesanteur, le corps flottant comme dans l’espace.

Des brassards de cuisse pour contrer les effets

Pour ces deux hommes, pompier et kiné de formation, participer à cette nouvelle étude est « un challenge ». « C’est un moyen d’avoir de nouvelles sensations, c’est aussi un défi pour nous de ne rien faire pendant cinq jours », avoue Benjamin, adepte de triathlon et qui s’est pourtant réveillé au cours de sa première nuit en ayant l’impression de ne plus avoir de jambes.

Contrairement à Thibaud, il porte des brassards de cuisse. Ce petit dispositif déjà utilisé par les astronautes russes « permet de garder une partie des liquides corporels dans la partie basse du corps », explique le docteur Bareille. Et certainement à améliorer la santé des astronautes pour pas cher et surtout pas lourd, chaque kilo emporté dans l’espace coûtant des fortunes.

C’est en tout cas ce que l’étude devra démontrer. Sur les 20 volontaires qui vont passer d’ici fin mars dans les deux baignoires de la clinique spatiale, dix porteront ces brassards servant de contre-mesures, dix n’en auront pas. La comparaison entre les deux cohortes permettra de voir l’impact sur leur acuité visuelle, leur débit sanguin ou encore leur masse musculaire.

Benoît et Christophe ont terminé leur stage spatial ce jeudi. Après avoir été auscultés dans tous les sens durant quatre jours par dix équipes scientifiques, puis s’être allongés dans les baignoires durant les cinq jours suivants, ils ont remis pied à terre il y a trois jours pour subir une nouvelle batterie de test.

« Cela m’a permis de toucher du doigt les contraintes physiologiques des astronautes et, ça, ce n’est pas une expérience donnée à tout le monde », assure Benoît, pompier à Colomiers. Mécanicien dans l’armée, marathonien, à 42 ans Christophe a trouvé dans cette expérience un nouveau moyen de tester ses limites.

« Ça nous permet aussi de se rendre compte de ce que peuvent vivre les personnes handicapées et dépendantes car on ne peut rien faire seul », explique le militaire qui a apprécié de reposer les pieds sur la terre ferme. Certes un peu plus maigre, mais riche de nouvelles connaissances sur les capacités de son corps. Et avec le sentiment d’avoir rendu service à la science et de s’être fait un nouveau pote de chambrée.