Découverte de nouvelles galaxies: «Notre objectif est de cartographier l’univers pour savoir quelle est son histoire»

INTERVIEW L'astrophysicienne Françoise Combes explique à «20 Minutes» les enjeux de cette nouvelle découverte

Propos recueillis par Lucie Bras

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Au centre de l'image, le point blanc correspond à un trou noir supermassif au centre d'une galaxie éloignée.
Au centre de l'image, le point blanc correspond à un trou noir supermassif au centre d'une galaxie éloignée. — Cyril TASSE / OBSERVATOIRE DE PARIS - PSL / AFP
  • 20 Minutes revient sur la découverte de centaines de milliers de galaxies dans l’univers, formant une toute nouvelle carte du ciel.
  • Seuls 2,5 % des données ont été traités pour le moment, laissant présager une quinzaine de millions de galaxies supplémentaires.
  • Selon l’astrophysicienne Françoise Combes, cette découverte va permettre de mieux comprendre la formation de l’univers.

Des centaines de milliers de galaxies répertoriées dans l’univers. Et à terme, environ 15 millions de plus à repérer. Les scientifiques ont publié une toute nouvelle carte de l’univers distant, observé grâce au télescope européen Lofar, dont une partie se trouve en France, à Nançay. La découverte est encore parcellaire, puisque seuls 2,5 % de ces données ont été cartographiés, mais elle ouvre de nouvelles perspectives pour les scientifiques.  L’astrophysicienne Françoise Combes, membre de l’Académie des sciences, revient pour 20 Minutes sur les enjeux de cette nouvelle carte du ciel.

Qu’observe-t-on dans cette nouvelle carte de l’univers ?

C’est d’abord très joli à voir. On observe plein de petites galaxies qui envoient de petits jets comme un tuyau d’arrosage. Elles ont la forme de petits nœuds papillons. L’une de ces galaxies, M106, est très spectaculaire : son jet sort du plan et forme une spirale. Chaque point blanc sur la carte représente une galaxie. Au centre de chaque galaxie, il y a un trou noir supermassif qui pèse entre 1 million et 1 milliard de masses solaires : c’est lui qui émet des jets à basse fréquence autour de la galaxie. On n’avait jamais observé une partie du ciel comme ça.

Quel est l’intérêt de cette carte pour les scientifiques ?

Notre objectif est de cartographier l’univers pour savoir comment il s’est créé, quelle est son histoire et quelle est l’origine de toutes ces galaxies. Là, ce qui est important pour nous, c’est d’observer le gaz et ce qu’on appelle les électrons relativistes. Ce sont des particules très rapides, qui vont presque à la vitesse de la lumière. Ils sont « accélérés » à cause d’un choc entre deux amas de galaxies. Ces chocs retracent l’expansion de l’univers. Grâce à tous les objets visibles qu’on observe, on espère comprendre ce qu’on ne voit pas, comme la matière noire, composante essentielle de l’univers qu’on devine mais qu’on ne voit toujours pas. On aimerait éclaircir ce mystère.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les objets « énigmes » découverts ?

On a vu des objets très particuliers. Ils apparaissent de façon très brève, comme un sursaut : énormément d’énergie, puis plus rien, ils disparaissent. On ne sait pas ce que c’est mais on suppose que ce sont des pulsars, une étoile qui tourne sur elle-même, comme un phare. Sauf que ceux-là ne sont pas réguliers. Il nous reste encore beaucoup de données à étudier. Plus on découvre de choses, plus on mesure tout le chemin qu’il nous reste à parcourir.