Toulouse: Comment des chercheurs veulent pousser le bacille de la tuberculose au suicide

SCIENCES Des chercheurs toulousains ont découvert que le bacille de la tuberculose pouvait se suicider. Ils veulent détourner le mécanisme à des fins thérapeutiques

Helene Menal

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Des bacilles de la tuberculose en train de mourir (en rouge).
Des bacilles de la tuberculose en train de mourir (en rouge). — A. Peixoto, C. Gutierrez et O. Neyrolles - IPBS-CNRS-UT3
  • La tuberculose fait partie des dix premières causes de mortalité dans le monde.
  • Des chercheurs toulousains viennent de découvrir que le bacille pouvait se suicider.
  • Ils veulent détourner cette curieuse capacité pour créer un antibiotique nouvelle génération.

Et si la meilleure arme contre la tuberculose – l’une des dix premières causes de mortalité dans le monde – était le bacille lui même ? Ou plus exactement sa tendance à jouer les kamikazes ? Des chercheurs toulousains de l’ Institut de pharmacologie et de biologie structurale (IPBS-CNRS-UT3 Paul-Sabatier) ont découvert que la bactérie responsable de la maladie produit une toxine mortelle qui lui permet de se suicider.

Sacrifice d’une partie de la troupe en cas de danger ou de manque de nourriture, les raisons de la fonction « autodestruction » de la bactérie, activée lorsque l’environnement devient défavorable, restent mystérieuses. En temps normal, elle est de toute façon associée à un antidote.

L’équipe d’Olivier Neyrolles, qui a publié sa découverte ce lundi, a pour ambition de détourner le mécanisme à des fins thérapeutiques. « Nous voulons mettre au point une nouvelle génération d’antibiotiques, complémentaires des autres, et c’est d’autant plus d’actualité qu’on découvre tous les ans près de 500.000 cas de tuberculoses résistantes », explique le chercheur.

Des tests concluants

Et le premier test est concluant : sur des cellules humaines ou des souris tuberculeuses, où le couple toxine-antidote était absent, le pouvoir de nuisance de la toxine a été prouvé, faisant reculer l’infection.

La suite du programme va consister à trouver une molécule, ingérable, capable de séparer la toxine tueuse de son antidote. « Nous espérons y parvenir d’ici un an », indique Olivier Neyrolles. Le procédé pourrait en plus être appliqué à d’autres bactéries pathogènes qui possèdent le même pouvoir suicidaire.