La baisse du débit sanguin, une piste pour comprendre le développement de la maladie d’Alzheimer

RECHERCHE Des chercheurs français et américains viennent de montrer l’importance du débit sanguin de très petits vaisseaux dans les premières phases du développement de la maladie d’Alzheimer. Et ils ont trouvé le moyen d’éviter qu’ils se bouchent

Beatrice Colin

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Un microscope dans un laboratoire
Un microscope dans un laboratoire — Eric Piermont AFP
  • Des chercheurs américains et toulousains se sont penchés sur le rôle joué par le débit sanguin dans le développement de la maladie d’Alzheimer.
  • Si l’existence d’une réduction du débit sanguin cérébral chez les malades est connue, ils ont réussi à identifier les globules blancs qui obstruent les parois des touts petits vaisseaux sanguins.
  • Ces blocages sont une des premières manifestations de la maladie. Lors d’expériences sur des souris, ils ont trouvé un anticorps qui débloque le flux sanguin et permet une amélioration des performances des souris.

Aujourd’hui, près de 900.000 personnes en France souffrent de la maladie d’Alzheimer. Au quotidien, cette pathologie dégénérative se traduit par des pertes de mémoire ou encore des difficultés à exécuter des tâches courantes.

Autant de symptômes dus, notamment, à la présence de plaques amyloïdes entre les neurones. Ces dernières années, de nombreux scientifiques ont planché sur les moyens de limiter leur développement dans le cerveau.

Des chercheurs toulousains de l’Institut de mécanique des fluides (CNRS-Université Paul Sabatier-INP) et de l’Université Cornell ont décidé d’explorer une autre piste pour expliquer le développement de la maladie.

Réunis au sein du projet de recherches BrainMicroFlow, ils ont scruté de très très près le débit sanguin cérébral, connu pour être plus faible chez les patients. Une anomalie qui intervient bien avant le développement des plaques amyloïdes.

Dans leur laboratoire, ils ont pu découvrir l’origine du problème. Appelés neutrophiles, ces globules blancs adhèrent aux parois des capillaires du cortex cérébral, jusqu’à en bloquer le flux sanguin.

Les souris ont récupéré leur capacité

« Nous n’avons pas détruit les neutrophiles, mais nous les avons empêchés de s’accrocher aux parois. Cela a permis aux souris de retrouver très vite leur capacité », explique Sylvie Lorthois, de l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse, qui s’est occupé de modéliser cette découverte pour le cerveau humain.

Une avancée majeure pour la recherche car le blocage est l’une des premières manifestations de la maladie, avant même l’apparition des plaques d’amyloïdes.

Ce mécanisme a pu être décrypté grâce à l’amélioration des instruments d’observation. Il pourrait fournir une nouvelle piste thérapeutique d’ici quelques années pour retarder en amont le développement de la maladie d'Alzheimer.

« L’idée est aussi de voir quels sont les signaux microscopiques lorsque ces capillaires sont bloqués, que nous pourrions identifier comme une signature. Si on découvre quels sont les phénomènes précoces existants, cela permettra de faire un traitement plus efficace plus tôt », avance Sylvie Lorthois qui avec son équipe a reçu pour ce projet un financement de l'European research council.