Une grammaire universelle pour les mains

Yaroslav Pigenet

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Les enfants sourds sont les grands perdants de la politique d'intégration scolaire des handicapés et le choix linguistique (langue des signes ou aide à la parole) reconnu par la loi reste un leurre, faute de personnels qualifiés d'accompagnement, dénoncent les associations.
Les enfants sourds sont les grands perdants de la politique d'intégration scolaire des handicapés et le choix linguistique (langue des signes ou aide à la parole) reconnu par la loi reste un leurre, faute de personnels qualifiés d'accompagnement, dénoncent les associations. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

Les voyageurs peu doués pour les langues le savent: sauf sujet abstrait, on arrive toujours à se faire comprendre en le mimant par des gestes.Grâce à une expérience publiée mercredi dans la revue "PNAS", les psycholinguistes savent désormais pourquoi : quelle que soit sa langue d’origine, on utilise toujours la même syntaxe pour communiquer par geste.

 
Syntaxes baladeuses

Comme la plupart des langues européennes modernes, le français et l’anglais ont une syntaxe de type « Sujet Verbe Objet » (SVO) – comme par exemple dans « Paul regarde le chien »; tandis que des langues comme le japonais ou le latin classique reposent sur une syntaxe de type « Sujet Objet Verbe » (SOV) – qui génère des phrases du style « Paul le chien regarde ». Une équipe internationale de psycholinguistes menée par Susan Goldin-Meadow, de l’Université de Chicago (Etats-Unis), a voulu vérifier si ces différences de syntaxe persistaient en situation de communication non verbale.

 

Mimez, c’est gagné !

Ils ont ainsi demandé à 40 sujets de langue maternelle anglaise (SVO), espagnole (SVO), turque (SOV) ou chinoise (SOV) de mimer par des gestes des scénarii simples présentés sur écran d’ordinateur. Aucun des volontaires ne pratiquait ni ne connaissait la langue des signes utilisée par les sourds. Cette vidéo mise en ligne par la revue "New Scientist" montre comment les sujets s'y prenaient durant l'expérience.

Et à leur grande surprise,   les chercheurs ont constaté que même quand ils sont habitués à utiliser une syntaxe « Sujet Verbe Objet » dans leur langue d’origine, lorsqu’il s’agit de mimer un scénario, tous les sujets recourent systématiquement à une construction de type « Acteur Cible Acte » similaire aux syntaxes SOV.

 
Dérive culturelle

D’après Susan Goldin-Meadow, ces résultats indiquent qu’il existe un ordre « naturel » - probablement lié à la structure du cerveau humain- qui s’impose à nous pour représenter et décrire les événements par le langage, qu’il soit verbal ou non. Selon elle, c’est la culture qui a fait dériver des langues comme le français ou l’espagnol, d’une syntaxe « spontanée » de type SOV vers une syntaxe SVO.