VIDEO. Strasbourg: Pourquoi l'analyse du pipi de Thomas Pesquet dans l'espace pourrait bien vous servir?

SANTE Si vous travaillez assis pendant des heures et que vous êtes inactif physiquement, les travaux d’une scientifique strasbourgeoise issue de la recherche spatiale ont de quoi vous intéresser…

Bruno Poussard

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Thomas Pesquet a mené des dizaines d'expériences dans la station spatiale internationale (ISS) et il a servi à d'autres. Illustration
Thomas Pesquet a mené des dizaines d'expériences dans la station spatiale internationale (ISS) et il a servi à d'autres. Illustration — Thomas Pesquet/ESA/NASA/Cover Images/SIPA
  • A Strasbourg (Bas-Rhin), un laboratoire de chercheurs a hérité de plusieurs échantillons d’urines de Thomas Pesquet dans des tubes.
  • Le projet visait à comprendre les besoins nutritionnels précis d’un astronaute en vue d’un voyage, un jour, vers Mars ou d’autres planètes.
  • Comme la vie en apesanteur est un cas extrême d’inactivité physique, les analyses aident des travaux sur les effets de la sédentarité chez l’Homme.
  • « On parle de nourriture, de génétique, mais peu d’inactivité », estime Audrey Bergouignan à propos de ce problème de santé publique.

Pendant ses six mois en apesanteur début 2017, Thomas Pesquet a mené des dizaines d’expériences. Et son retour de la station spatiale internationale a permis de lancer d’autres recherches scientifiques. A Strasbourg (Bas-Rhin) notamment, où un laboratoire de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien a hérité de plusieurs échantillons d’urines de l’astronaute dans des tubes.

A l’aide d’un marqueur chimique introduit dans une eau qu’il a bue, une petite équipe de chercheurs a cherché à mesurer sa dépense énergétique journalière dans l’espace (en estimant la quantité de CO2 qu’il a rejeté). Pour le bien de la recherche spatiale, le projet visait à comprendre un peu plus les besoins nutritionnels précis d’un astronaute en vue d’un voyage, un jour, vers Mars ou d’autres planètes.

 

Mais pas seulement. La vie en apesanteur est aussi un cas extrême d’inactivité physique chez l’Homme. Et un bon élément de comparaison pour d’autres travaux sur les effets néfastes de la sédentarité sur l’organisme humain dans nos sociétés occidentales. Une des spécialités d’Audrey Bergouignan, physiologiste française naviguant entre Strasbourg, Etats-Unis et Australie.

De nombreuses photos du monde spatial décorent aussi le bureau de la chercheuse Audrey Bergouignan, qui mène des recherches aux quatre coins de la planète, sur la sédentarité des Hommes.
De nombreuses photos du monde spatial décorent aussi le bureau de la chercheuse Audrey Bergouignan, qui mène des recherches aux quatre coins de la planète, sur la sédentarité des Hommes. - B. Poussard / 20 Minutes.

La sédentarité, un problème de santé publique

Quand elle n’est pas avec des Peuls en Afrique de l’Ouest ou avec une expédition de femmes au Pôle Nord… C’est que ses recherches autour de l’inactivité physique et ses conséquences sont vastes. Elle est passionnée : « Pour sa santé il faut être actif, ça fait 50 ans qu’on le sait, mais les gens ne le font pas. » Parce que les méfaits de l’absence d’activité restent méconnus ?

Pour Audrey Bergouignan, le lien entre l’inactivité physique grandissante et certaines maladies graves n’est pas intégralement prouvé. C’est ce qu’elle s’attache à faire. Afin d’encourager les élus à prendre en compte ce problème de santé publique. Puis aider chacun à atteindre le niveau d’activité recommandé et trouver comment faire face aux heures passées assis au travail.

Menée de 2002 à 2006 par une autre équipe en Alsace, l’étude Icaps sur le bénéfice d’une activité régulière sur une classe de collège a ainsi mené à des programmes nationaux. Aujourd’hui, la scientifique strasbourgeoise veut lancer une telle démarche avec divers spécialistes à Toulouse, Lyon et Strasbourg, mais dans le monde du travail, de plus en plus sédentaire. Elle cherche les financements.

Des recherches sur les problèmes de santé dus à l’inactivité

« On parle de nourriture, de génétique, mais peu d’inactivité, estime Audrey Bergouignan. C’est qu’il n’existe aucune donnée irréfutable pour dire qu’elle génère, entre autres, la prise de poids. » A partir des données de ses premières recherches spatiales (et des études d’alitement) sur des femmes, l’ancienne étudiante en éco-physiologie s’est intéressée au domaine biomédical.

Entre le Colorado et l’Alsace, elle encadre aujourd’hui des recherches sur les problèmes métaboliques dus à l’inactivité physique. Pour elle, l’impact est à toutes les échelles, bien au-delà du cholestérol ou du diabète : des muscles (enflammés) et os (fragiles) aux organes (touchés par des cancers) comme le foie, le cœur ou le pancréas, en passant par le mental (stress). La chercheuse explique :

« Normalement, plus on est actif, plus on mange, et moins on est actif, moins on mange. Mais quand on passe un tel niveau d’inactivité, tout est déréglé. D’où ça vient ? On ne sait pas mais ça déroute tout. Et il n’y a plus de signaux pour empêcher la prise de poids. »

 

Audrey Bergouignan, physiologiste française, sur son bureau debout à Strasbourg (Bas-Rhin).
Audrey Bergouignan, physiologiste française, sur son bureau debout à Strasbourg (Bas-Rhin). - B. Poussard / 20 Minutes.

Des pistes d’action à mener dans les bureaux en entreprise

Si elle s’intéresse aux travailleurs assis des heures par jour, c’est qu’Audrey Bergouignan a une piste. Selon de premiers travaux de son laboratoire, une activité physique faible et de courte durée mais répétée dans la journée pourrait être aussi bénéfique qu’aller courir trois fois par semaine. « Tout mouvement compte », insiste-t-elle. Comme les postes debout, ou en étant assis sur une boule de yoga.

La chercheuse espère prouver « que les petites actions font une grande différence sur la santé à l’échelle d’une population » afin d’entraîner une nouvelle réflexion dans les entreprises. D’après elle, de petites mais nombreuses coupures dans les journées de travail pourraient aussi avoir de grands effets. En sortant marcher cinq bonnes minutes toutes les heures par exemple.

Reste maintenant à prouver l’effet de ces deux hypothèses. Mais Audrey Bergouignan a plein d’idées. Elle est impliquée dans une autre grande étude sur les Peuls, à l’évolution très rapide du mode de vie au Sénégal, de campements nomades à de petites villes puis dans la capitale, Dakar. Toujours pour comprendre l’impact de l’inactivité sur la santé de l’être humain. Un des grands sujets d’aujourd’hui.